‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 31 sur 422 · OBJETS NOUVEAUX OU CONNUS · texte numérisé non relu

OBJETS NOUVEAUX OU CONNUS

rêvés dont aucun objet réel ne fournit l’équivalent ou les éléments, ce ne sont pas plus ou moins des copies, ils ne sont pas plus ou moins mimétiques de la réalité matérielle ; ce sont des objets originaux, idiotropiques, premiers.

Le physiologiste ne s’étonnerait pas que cet idiotropisme fût la règle. Dans sa prétention à refaire ou même à être la réalité, le rêve peut bien inspirer des philosophies; il révolte, à la réflexion, le sens commun, qui se met à douter de sa possibilité. Infiniment plus acceptable est un rêve absolument original. Que le jeu des neurones, ou de l’esprit, dans le sommeil ou l’intoxication, puisse faire ou restituer un visage, on en doute bien que l’ayant cent fois éprouvé; mais on prête plus volontiers aux courants inextricables des plexus corticaux le pouvoir de construire des entrelacs indépendants des modèles et des écoles, aussi faciles à obtenir au fond que les merveilles faites par nos yeux miclos avec une bougie et un cristal.

Il à bien fallu admettre que notre vue, quand elle rêve, peut faire de la lumière ; elle pourra la diversifier, y tracer des lignes, y étaler des couleurs spéciales au rêve, inconnues de la veille, et que leur originalité même différenciera radicalement de la réalité extérieure.

On ne peut pas longtemps se reposer dans cette dernière affirmation, La lumière est la même lumière dans l’hallucination et dans la veille normale; le vert et le rouge sont le même vert et le même rouge dans le rêve et en plein midi. Si extraordinaires que soient les lignes et le modelé de nos visions, ce sont toujours des lignes et des dégradés.

Aïnsi réduits à l’espace, à la lumière, aux lignes, aux couleurs et aux ombres du vulgaire, le rêve et même l’hallucination toxique n’ont enfin que rarement les apparences originales désirées. Ils montrent les objets de tous les jours ; c’est sur sa vie ordinaire, de chasseur, de guerrier, de politique, de mari ou de plaideur, que le primitif leur demande des prévisions ; et c’est précisément parce qu’il est meublé des objets mêmes de la veille que le rêve a provoqué les réactions classiques : la veille est un rêve ; le rêve n’existe pas, ou, du moins, on n’y a pas les visions qu’on prétend avoir.

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