LE PEYOTL. — AUTO-OBSERVATION
Pour les amateurs de Paradis Artificiels compliqués, le haschisch, plus que l’opium ou l’alcool, a longtemps été la drogue magique. Son ciel supérieur reste bien le Kief, l’extase immobile, modèle éminent du sommeil sans rêve, vide, sauf de jouissance peut-être ; mais les demeures intermédiaires sont très appréciées : les phases d’excitation et d’ataxie, pleines de pensées saisissantes et de visions illimitées.
Et pourtant, un des connaisseurs les plus qualifiés, Baudelaire, dans le meilleur ouvrage sur l’Urtica mystica, semble bien lui contester le pouvoir de créer des hallucinations,
« Quand je parle d’hallucinations, il ne faut pas prendre ce mot dans son sens le plus strict. Une nuance très importante distingue l’hallucination pure de la méprise des sens dans l’état mental occasionné par le haschisch. Dans le premier cas, l’hallucination ne trouve pas de prétextes ni d’excuses dans le monde des objets extérieurs, Le malade voit une forme, entend des sons où il n’y en a pas. Dans le deuxième cas, l’hallucination à un prétexte. Le son parlera, mais il y avait un son. L’œil de l’homme pris de haschich verra des formes étranges, mais avant d’être monstrueuses, ces formes étaient simples et naturelles... A cette période se manifeste une acuité supérieure de tous les sens, L’oreille perçoit des sons presque insaisissables au milieu du plus vaste tumulte, C’est alors que commen-