‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 32 sur 422 · LUMIÈRE VIRTUELLE · texte numérisé non relu

LUMIÈRE VIRTUELLE

Le rêveur un peu doué, lui, ne doute pas : il faut admettre deux réalités, celle des perceptions de la veille et celle des perceptions du rêve, celles-ci mimétiques de celles-là ; l'œil, qui ne les contient pas, peut refaire, dans les rêves, les objets sur lesquels se pose notre perception quand nous veillons.

Deux perceptions sans objet nous montrent cette possibilité et nous en persuadent : deux perceptions, où, l’objet ayant disparu, nous le percevons. Ce sont l’image virtuelle et l’image consécutive.

Devant nous, une vitre, puis, dehors, plus rien, la nuit parfaite. Et dans la nuit se précise, exacte, une lampe, notre lampe, lumineuse, éclairant l’apparence d’une table et de livres. Nous pouvons patiemment l’étudier, comparer l’éclat de la lampe inexistante avec celui de la lampe réelle, rechercher les détails de l’étrange objet, constater qu’il faut accommoder sur lui à sa distance apparente pour le bien voir. Il ne se déplace pas sous nos regards, nous pouvons le dédoubler avec un prisme, en louchant, en regardant en deçà ou au delà de lui; myope, nous le voyons mieux en mettant nos lunettes; nous pourrions enfin le grossir et multiplier indéfiniment ses détails si on avait construit des microscopes à cet effet. Cet objet virtuel est puissant. Si l’image de la lampe se dresse sur le sol de la rue nocturne, non seulement les passants ne l’offusqueront pas, mais seront visuellement détruits en l’approchant; elle réduit une multitude de perceptions visuelles et, bien entendu, elle est visible à travers les plus opaques matières. Je peux doubler ma vitre de tout ce que je voudrai, papier, bois, plomb; l’image ne perdra rien de son éclat, au delà ou dans la masse même de la barricade; et je verrai simultanément : la vitre, à travers la vitre, le corps opaque, et à travers le corps opaque, respecté dans tous ses détails, la lampe.

Si je reviens alors à mes rêves et à mes visions, je cherche en vain la différence entre cette image virtuelle et leurs images ; et si l’image virtuelle a ses extraordinaires propriétés, c’est qu’elle est une vision. Cette lampe qui m'éblouit à travers la vitre, ce bloc lumineux n’éclaire pas et n’a pas de pire ennemi que la lumière. C’est un tribunal

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