CONCESSIONS DU VISIONNAIRE
toujours un aspect de film, de masses ou de surfaces de pure lumière; elles lui ont toujours paru faites de la même matière pénétrable que les métesthésies, et jamais de la substance des objets familiers.
C’est encore une concession du visionnaire. Il proclame sans cesse sa foi, mais en acceptant et au besoin en signalant lui-même les objections et les difficultés, Dans son cas particulier, en voici déjà deux :
La constance d’une sensation « réelle » sous la vision : objet extérieur réel et présent ou métesthésie.
La physionomie « sui generis » des visions, qui les rapproche des images virtuelles, des métesthésies, des reflets et des féeries de la lumière pure.
Voici une troisième concession du voyant. Elle n’altérera pas sa foi.
Ses perceptions sans objet seraient claires et distinctes et, d'emblée, il leur donne des noms précis; c’est le dos d’un chien en bronze doré, c’est un monstre roulant des yeux de feu, avec pourtant une tache blanche sur la cornée, c’est une lampe octogonale, ce sont des fleurs stylisées aux corolles et aux bouquets d’étamines sans nombre et pourtant d’une géométrie exquise, c’est le détail infini dans l’infinie précision, l’arithmétique suréminente dont on suit sans effort les phases.
Mais c’est aussi tout autre chose, et, ici, le haschisch n’a pas mal servi Giraud. Avec sa « bouillembellite », sa « cocalanite » et sa « buridanite », il a montré l’hypomanie, la mythomanie, la psychasthénie et la confusion des intoxiqués.
L'objet vu, si net qu’il est aussitôt nommé, l’est très souvent trop tôt; à peine est-il qu’il est un autre; aussi tôt ou plus tôt nommé que vu, il a pourtant changé d’être avant d’avoir reçu son premier nom; noms et perceptions s’enchevêtrent, et le visionnaire ne sait plus s’il voit d’abord ceci puis cela, ou s’il voit ceci à moins que ce ne soit cela, ou, dans le même objet fixe, s’il voit cinq ou six choses par des approximations successives également fausses et également affirmées.
Voici une post-image inférieure gauche; non, c’est un