DÉLIRE SIMPLE
sujet riposte : « pas du tout; j'entends des voix, la vôtre n’est pas plus réelle, et doit toute sa supériorité à des complicités visuelles, rationnelles et autres, Les voix ne se nomment pas, je ne sais ni Qui, ni Comment, ni Pourquoi, ni même Où, et je me borne à constater l’incontestable : on me parle, et je ne vois pas pourquoi vous compliquez les choses en prétendant que je rêve ». Cela aussi s'appelle assez souvent l’Hallucinose. Peu de malades s’y tiennent, et presque tous préfèrent régler les questions inquiétantes : qui, comment, pourquoi, etc. Ils n’ont que des hallucinations auditives verbales, et elles leur suffisent pour faire un délire plus ou moins riche et plus ou moins efficace.
Voici M. A.…., brave cultivateur de trente ans, très fruste et très débile. Il a un peu bu, il s’est agité et on nous le conduit. Après vingt-quatre heures, calme et bien orienté, il nous explique : « Je fauchais de l’orge; il tonnait... Je vois le bon Dieu dans les nuages, et 1l me dit : Tu verras SU n'y a pas un bon Dieu... J'entends des discours du Paradis... qu’il fait beau..., que je dois bien travailler... que j'irai au ciel...2. Je réponds suivant ce qu’ils me disent... Quand ça dure trop longtemps je les balance : tu me bassines... ». — À part cet agréable phénomène, M. A... n’éprouve rien d’extraordinaire ; il ne comprend rien à nos questions compliquées; on n’agit pas sur sa pensée n1 sur ses actes, on ne connaît pas sa pensée. Il se comporte normalement, travaille et, après quelques jours, n’entend plus rien. Il est indifférent au silence des divins compagnons. Il se les rappelle, il en reparle avec simplicité; 1l ne doute toujours pas de les avoir entendus, et 1l revient tranquillement à sa ferme.
M. B..., vingt-sept ans, qualifié de confus, est paisible, très doux, silencieux, taciturne même. Inactif, il passe ses journées à parcourir à pas lents, dans la cour, indéfiniment la même ligne droite. Il écrit pourtant toutes les deux ou trois semaines au médecin pour se plaindre de voix; et ses explications, écrites ou orales, se réduisent à ceci : « J'entends une petite voix, à l’oreille gauche 3... c’est dans l’oreille... c’est toujours à voix basse... si je voulais écouter, ils parleraient tout le temps... quand je marche, ils se taisent.. Ils se fichent de moi : toute la semaine, ils m'ont dit que je partirais dimanche; on viendra te chercher dimanche, qu’ils disaient... Ils disent souvent : Aline
2. Hallucinations auditives verbales agréables. Variété assez rare même sous l'aspect : voix antagonistes, les unes hostiles, les autres consolantes. — 3. Variété unilatérale. Légère otite moyenne cicatricielle. Pas de bourdonnements. Voix chuchotée perçue à 30 cm. Rien à l'oreille droite. Litanie hallucinatoire.