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DISTINCTIONS DES MALADES

ne sais pas si ça faisait du bruit. Je l’entendais dans ma tête... Ma pensée me fait croire que ça sortait de ma tête pour aller les retrouver... Je n’entendais pas. C’était ma croyance que les autres l’entendaient. Moi, personnellement, je n’entends rien... D'après leur manière d'opérer, je croyais qu’ils entendaient ». Leur manière d'opérer, M. I...? Mais puisque vous n’entendez rien ?

« Vous m'avez mal compris. J’entends des paroles qui me viennent. J'entends des paroles sans voir les personnes. C’est un son, une parole bien distincte comme par le téléphone ».

« Je vous ai bien entendu cette nuit... Il n’y avait aucun bruit. Un silence complet... Je n’ai pas confondu avec un bruit voisin. Non, non, non, non » (sourire).

« Je réponds sans parler et on me donne une réponse... Je crois que R... recueille mes idées dans ma tête... Quand je lis le journal des yeux, sans parler, j'entends R... qui lit pour moi... Oui, parlé, dans mes oreilles ».

Essayons... « Je n’entends rien. Je n’entends que mon idée à moi ». Le malade corrige « entendre » sur mon invitation.

« Des conversations de dix minutes un quart d’heure sans ouvrir la bouche ».

Quelques jours plus tard. « C’est fini. Je n’entends plus rien... Je crois toujours qu’on me faisait une sténo dans la tête... Ça ne faisait pas de bruit, mais j’entendais dans mon oreille. Ça me venait de l’intérieur puisque je comprenais... Des poussées, comme des poussées d'électricité... On reçoit ça, ce n’est pas parler... Je n’ai pas entendu de bruit dehors, mais ça faisait du bruit dans mon intérieur ».

Voyons, dit l’observateur, je pense : « M. I... est très gentil », bouche fermée, langue et gorge immobiles. Pourtant, j'ai pensé des paroles, mais sans bruit, sans voix, silencieuses.

« C’est ça. C’était bien des paroles silencieuses. Je les entendais, mais ça ne faisait pas de bruit ».

Comment pouvaient-ils les entendre puisque vous étiez silencieux ?

« Silencieux? Pour moi, oui, mais elles peuvent se répandre au dehors... Hier j'ai parlé comme ça, et ça dû résonner au dehors; on m’a dit que je parlais trop haut 5... Il n’y à pas de bruit dans l’air, mais c’est entendu tout de même ».

Mais comment ces paroles silencieuses vous parviennent-elles ? « Elles ne sont pas silencieuses, c’est une espèce de téléphone ». — Alors elles ne sont pas silencieuses? « Naturellement. Elles font à peu près le bruit du téléphone ». — Mais vous m'avez parlé de paroles silencieuses comme des pensées. « Ma pensée, je ne l’entends pas. Maïs vous, dehors, si vous avez la dactylo, vous l’entendez... Comment voulez-vous que je vous explique la

5. Cf. plus loin, les impulsions verbales et les monologues des hallucinés de l’ouie.

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