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L'H. A. V. CONCLUSION DE L'HALLUCINÉ

Ce que je pense, ce que je dis mentalement moi-même, je l’entends dire à haute voix par un autre, Ce que je fais, ce que j'ai conscience de faire, l’acte sur lequel je modèle mon discours mental, je me l’entends raconter par un autre. Je pense, paisiblement, et, brusquement, un adversaire insoupçonné me pique, soit qu’il insère dans ma pensée une idée étrangère et odieuse, soit qu’il inflige à mon ouïe ses scandaleux propos.

J’ai la quadruple conscience et le quadruple supplice de ma pensée intime publique, de mon discours intérieur capté, de pensées inconnues, étrangères et ennemies, pénétrant de toutes parts dans ma pensée, et de mon ouïe fracturée par des sonorités verbales, Et ces simultanéités, pour peu que je reste capable de comparer et de critiquer, ces énumérations et ces distinctions, me donnent le droit absolu de prétendre à l’esthésicité de mes voix,

Je suis soumis à la fois à toutes sortes de phénomènes incohérents : paroles ridicules et incompréhensibles, apparition d'objets hétéroclites ou de lueurs sans signification, contrainte de me livrer à des excentricités, obligation plus ou moins torturante de faire des gestes qui ont l’absurde fatalité de convulsions.

Ces derniers désordres, le malade les joint au « terrible » sentiment de la matérialité des voix. Témoins de sa passivité, ils lui paraissent des témoins décisifs, quand il délire, en faveur de voix extérieures réelles, quand il ne délire pas, en faveur de perceptions sans objet aussi étrangères que possible aux produits spirituels de la pensée, aussi voisines que possible de la perception de choses, analogues ou identiques à « l’image virtuelle », aux métesthésies, à tous les phénomènes sensoriels où l'esprit crée des qualités sensibles, autant dire de la matière.

L'apparition d’un nouvel associé de l’hallucination, l'impulsion verbale, bientôt son concurrent, va singulièrement compromettre tout cela.

L’hallucination psycho-motrice. — Le monologue. — Le comportement hallucinatoire sans hallucinations.

On leur parle, on connaît, énonce ou répète leurs pensées, leurs paroles ou leurs actes, on les fait penser, on les fait agir. Il n’est pas étonnant qu'on les fasse également parler, et ils retrouvent, ici comme là, comme partout, contrainte, automatisme et absurdité.

M. T.., trente ans, cultivateur, qui a souvent devant nous les attitudes et les propos classiques de l’halluciné auditif, nous explique : « Ils me font parler... je sens ma gorge qui se développe... en ce moment ils me poussent pour me faire parler comme une mécanique ».

M. P...!, que nous avons entendu se plaindre de ses voix et de tout ce qu’on lui fait faire, découvre également qu’on le fait parler : « On m’a fait dire que mon beau-frère a tué un curé. On m’a fait parler sur les maladies vénériennes, sur les avortements... On me remue la langue dans la bouche... Elle marche malgré moi ».

Parlant malgré lui, et disant des choses qu'il n’a pas voulues, pas prévues, pas pensées, le malade saute un pas de plus : ce n’est pas lui qui parle. Entendons-nous. C’est bien son corps, son appareil phonatoire qui émet les sons; mais ce n’est plus lui, ce n’est plus son moi qui l’actionne ; et ses propres paroles, quand il constate qu’il parle et

1. Cf. np. 413. — Cf., Sur le diagostic des hallucinations auditives verbales. Soc. Méd. Psych., février 1920; Délire d'hallucinations, Encéphale, juin 1920; Exagérations des hallucinés, Ann. Méd. Psych., juillet 1920; Voix et hallucinations, Encéphale, novembre et décembre 1920; Mimique hallucinatoire et diagnostic des hallucinations auditives verbales, , Ann, Méd. Psych., janvier 1920.

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