LA VOIX EXTÉRIEURE DANS LE MALADE
s'entend parler, lui sont aussi étrangères que les voix de ses lointains persécuteurs, quand elles lui parviennent à travers l’espace. Son oreille reçoit, son larynx émet, et, dans les deux cas, volonté, pensée, parole, sont d'autrui.
Le malade ne dit plus qu’il subit des impulsions verbales; il accuse ses ennemis de parler par sa voix, d'emprunter son appareil phonatoire, de substituer en lui leur voix à la sienne, d’être enfin en lui et de parler en lui.
Bien entendu, les malades ne s’attardent pas à expliquer la présence d’un être humain et adulte dans leur gorge: et la physique de tous les temps a été chargée de rendre compte d’un fait qu’ils jugent sans doute remarquable, mais qu’ils se déclarent d’abord contraints d'admettre; et la malade de Seglas, consciente et certaine de la présence d’un prêtre sous sa langue, recourait à des témoins, non pour s’en assurer — elle n’avait pas besoin de leurs confirmations, mais pour disposer de preuves officielles. Ici, la certitude immédiate règne et les démonstrations sont destinées à convaincre ceux qui voient le fait du dehors.
L'appareil phonatoire est vaste, et ce n’est pas toujours dans la bouche ou la gorge que s’installe la voix ennemie ou l’ennemi. Quand M" $S... écrit, c’est dans son nez que les voix répètent, Avec d’assez nombreux malades, c’est dans la poitrine. Beaucoup plus souvent, c’est dans l’épigastre ou le ventre.
M U.. exige une surveillance continue : ils sont quatre dans son ventre, ils y disent et font des abominations, ils font d'elle un objet d'horreur, et il n’y a qu’un remède : ouvrir et les arracher. Et comme les interventions thérapeutiques — c’est-à-dire les opérations simulées — n’ont rien donné, Me U.. veut opérer elle-même, frappe son ventre à coups redoublés et retentissants pour les assommer, s’est fait d’assez belles entailles avec des éclats de verre, et a tout au moins obtenu un magnifique météorisme. Chacun, dans le service, prend sa volonté très au sérieux : malgré la stéréotypie de son délire Mr U.. se tuera, pour tuer ses possesseurs.
Les « voix » épigastriques et abdominales sont toujours étudiées à propos des malades dont les persécuteurs captent la voix, soit qu’ils manœuvrent plus ou moins artificiellement leur appareil phonatoire, soit qu’ils s’y installent.