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LES ÉLÉMENTS SENSORIELS SECONDAIRES

s'efforce même de se dégager des faiblesses de la post-image pour retrouver les pouvoirs de l’objet, ou tout au moins de l’image virtuelle.

On peut avoir — si on n’en a pas raconté, on en racontera — des rêves où l’on allume une lampe, une lampe qui éclaire soudain les objets et respecte les ombres voulues. Pourtant, à l’état de veille, dans les hallucinations, je n’ai rien observé ou éprouvé d’analogue à cette logique de l'éclairage, chaque objet y est resté un bloc lumineux, inéclairant et sans ombres.

On a tenté de montrer, mais sans y réussir jJusqu’ici, que l’hallucination peut être dédoublée comme une perception objective ®; on a décrit des hallucinations où tous les sens concourent et concordent pour dresser devant le sujet, non une luminosité impalpable, mais un objet multisensoriel # : l’objet; et voici une théorie inspirée de cette tendance à retrouver l’objet dans l’hallucination #. Quand nous regardons un morceau de glace, nous en percevrions la dureté, le poli, la douceur, le froid ; ces éléments tactiles et moteurs de la perception totale de la glace seraient présents lorsque nous nous bornons à la regarder; ce ne sont pas des images, ce seraient des sensations, et. visuelles. La perception d’un objet comprendrait des éléments sensoriels primaires exigeant la présence et l’action de l’objet, et des éléments sensoriels secondaires; sensations visuelles ou auditives lorsque nous palpons un corps, éléments sensoriels tactiles et moteurs lorsque nous le regardons, tacto-motor group sensorially visualized, seen indirectly. Et ces sensations secondaires associées à la perception feraient déjà de la plus légitime une hallucination.

Que ces éléments sensoriels secondaires, de l’essence de la perception véridique, et déjà pourtant hallucinatoires, se détachent du noyau sensoriel primaire, et ils constitueront l’hallucination classique. Celle-c1 n’aurait rien d’une image. Les images, quoi qu’on fasse, quelque détour et artifice qu’on découvre, ne redeviendraient jamais sensa-

39. P. 140. — 40. P. 339. — 41. Boris Sidis, The doctrine of primary and secundary sensory elements. Psych. Rev., 1908. An inquiry into the nature of hallucination, ibid., 1904. Are there hypnotic hallucinations ? 1bid., 1906.

tions. L’hallucination serait faite avec des éléments essentiels de la sensation, avec des états positifs qui contribuent à la matérialité de la perception. Ces éléments de la perception seraient déjà des hallucinations. Aucune création, aucune destruction ne seraient nécessaires pour faire l’hallucination. Présente dans la perception, elle ne serait que la mise en liberté et en évidence des éléments hallucinatoires de celle-c1 : les éléments sensoriels secondaires. Détachés par la maladie ou le rêve de leur élément sensoriel primitif normal, des groupes secondaires quelconques s’associeraient à des groupes primitifs quelconques, parfois inconscients; une lésion du pharynx, de l’oreille, de l’œil, d’un viscère pourrait ainsi donner le noyau sensoriel primitif et ignoré d’une hallucination. Qu'elle s'associe à un autre noyau primaire, au groupe primaire convenable, adéquat, et, sans avoir changé, elle serait une perception légitime,

Voilà une thèse où nous voyons, et hallucinatoirement, le froid et la dureté de la glace quand nous regardons un morceau de glace. C’est un effort original, lointainement parent de celui de Taine, pour élever l’hallucination audessus de l’image, pour lui permettre d’être une perception, et pour la retrouver déjà dans la perception véridique.

L'image virtuelle et l’image consécutive, si opposées qu’elles soient sur certains points à la perception objective, gardent intégralement cet on ne sait quoi ou, plutôt cet on ne sait dire quoi, rebelle aux concepts et au langage, qui fait la perception ; ce caractère positif, évident, si bien connu de tous, qui, avant toute comparaison, tout rapport, toute synthèse, toute analyse, spécifie absolument la perception et fait de la vision du jaune, présent, « virtuel », ou « consécutif », une perception infiniment plus différente de l’image du jaune que de la perception du bleu, du son de la flûte ou de la fraîcheur du marbre.

Tout autant que la perception véridique, ou la postimage, ou l’image virtuelle, l’hallucination prétend posséder le caractère positif évident et impensable qui, parmi les espèces d’une couleur : le rouge, rouge réel, virtuel, consécutif, imaginé, pensé, rêvé, eidétique, hallucinatoire,

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