MONOLOGUE ET « VOIX
toujours imperceptible ; mais je comprends très bien... Quelquefois un bourdonnement à l’oreille droite... Le premier jour, je ne me rendais pas compte. Je pensais à un tuyau dans ma bouche, mais je sais que cest par le plancher, depuis la deuxième nuit, depuis que je me demandais comment je pouvais voir le général Bruce dans le verre de lampe ».
« Ils me parlent, c’est-à-dire, je les comprends, et je le dis ».
« Dites au revoir à Monsieur de la part de M. Z... Je vous dis au revoir de la part de M. Z... ».
« Et de la part de M. H... et de la part de M. H... ».
Faute de place, j'ai dû réduire les citations à quelques phrases, tirées, à force de questions, d’un monologue intarissable où s’enchevêtraient les propos entièrement personnels de Me Q..., et ceux qu’elle extrayait du mur et du plancher où les envoyaient MM. X..., Y.., Z.….
Je ne sais comment ce délire est devenu bavardage inintelligible; mais rien n’a jamais suggéré l’hypothèse de voix entendues, de voix gutturales ou épigastriques, de vol ou écho de la pensée ou de la parole, etc. Tant que la malade a pu se faire comprendre, elle a reçu par les pieds et les mains des paroles, et s’est toujours exprimée en deux fois : une première fois pour émettre les paroles de ses interlocuteurs telles qu’elle les recevait par les extrémités, et une deuxième fois pour les transmettre à autrui ou y répondre.
Plus que jamais, dans ces cas, l’hailucination motrice et l’hallucination auditive s’effacent de la conscience du malade devant l’activité de sa propre voix. Il parle, il sait qu'il parle, et tout le délire ne sert qu'à expliquer sa parole.
Nous avons admis qu’il y a par contre des cas peu nombreux, où les voix parasitaires, étroitement annexées à un appareil du sujet autre que l'oreille, à l'estomac par exemple, à la gorge, à la langue, parlent et constituent des hallucinations motrices, sans que l’appareil phonatoire du sujet sorte de son repos.
Îl existe enfin des malades qui parlent et monologuent visiblement, mais tentent de le nier. Des psychasténiques se prétendent paralysés, aveugles, sourds, endormis, morts, au moment même où ils font usage de leur veille, de leurs sens et de leur agilité. Des aliénés pourront également affirmer leur mutisme en parlant, ou, à pleine voix, leur mutité.