EXEMPLE : IH. A. V. AFFIRMÉES
moins paisiblement qu'ils entendent — en même temps et dans les mêmes mots — la voix étrangère. [activité de leur pharynx et celle de leur ouïe, ce serait exactement la même chose : une voix extérieure sur laquelle leur propre pharynx modèlerait passivement et synchroniquement ses mouvements.
M. Z.., cinquante-huit ans. Vieux délirant d’asile. Début brusque, en 1898, par des hallucinations auditives et de vagues idées de revendication chez un débile peut-être alcoolique. Tous ses certificats mentionnent les idées de persécution et de grandeur et des hallucinations de l’ouïe, du goût et de la sensibilité générale. Pas de démence.
LANGAGE ORDINAIRE. -— Le malade a de vagues soucis linguistiques et fait volontairement des néologismes.
Les mots, m-o-t-s, c’est ce qui m'intéresse le plus; je fais des explicatifs à MM. les Académiciens; vous me direz qu’il faut du toupet... ce n’est pas une découverte; les gens n’y attachent pas d'importance; si ça servait, je m'en occuperais.
Il évite certains mots : femme devient « le sexe aux deux seins ». Il masculinise les mots féminins : la main d’une femme, « le main » d’un homme; voix devient « vocal »; explication devient « explicatif ». Il abrège les mots : faculté devient « facul ». Il fait subir aux mots des transformations analogues à celles qu’ils subissent dans le langage populaire : Créateur devient « Créaur ».
Ses néologismes volontaires sont peu nombreux et son langage ordinaire est presque normal; nous verrons qu’il n’en est pas de même au cours de ses monologues.
Les hallucinations, telles qu’il les raconte, font de lui un halluciné de l’ouie tout à fait classique et à l’abri des objections courantes.
Qui vous parle? « Je ne les connais pas ». — Des hommes, des femmes? « Des voix d'hommes et de femmes. Probable que les autres entendent aussi ». — Combien sont-ils ? « Ils peuvent être douze ou quinze ». — Vous n’en connaissez aucun ? « Si, peutêtre G... Peut-être M° R... ». — Et puis? « D’autres qui sont morts et qui me parlent comme s'ils étaient vivants ». — Ils vous parlent? « Faut croire ». — Comment les reconnaissezvous? « Ben, par leur vocal ». — C’est M° R..… qui vient de vous parler ? « Non, c'était G... ». — Comment le savez-vous ? « J'ai bien reconnu son vocal ». — Ah! « Par l’ouïe, je peux bien distinguer qui me parle ». — Ça vous gêne? « Des fois. L’ahurissement (le malade montre ses oreilles) m’empêche de rien faire ». — Ils parlent fort? « Non, des fois, c’est tout bas : je ne comprends pas toujours parce que c’est trop bas... Je ne comprends pas que vous ne les entendiez pas ». — Où sont-ils?