‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 370 sur 422 · MONOLOGUE AVOUÉ, H. A. V. MAINTENUE · texte numérisé non relu

MONOLOGUE AVOUÉ, H. A. V. MAINTENUE

avant de les attribuer au concierge. Elle les émet à voix basse, les reproduit à voix haute, et dit au témoin : « Tu as entendu ? »

A ces remarques de la jeune fille la malade ayant répliqué : « Ce n’est pas possible. j’ai été bien patiente... J’ai malheureusement des preuves trop certaines que ce sont eux... Quelle est la femme qui aurait enduré tout ça sans rien dire », nous lui faisons observer que son enfant dit des choses très plausibles, et nous lui demandons un effort d’introspection. Elle y consent, réfléchit et conclut : « Peut-être... Oui... C’était moi sensé qui parlais tout bas... Je me suis figuré entendre... Je ne me suis pas rendu compte que je parlais tout bas... J’avais tellement cette idée dans la tête ».

Elle part un peu consolée. J’ai quitté le service où j'avais eu l’occasion de la voir et n’ai pu retrouver sa trace.

Comme dans le cas qui va suivre, le dernier mot du sujet a presque été : « Je croyais pourtant bien entendre X... ou Ÿ... ». Et quelle que soit l'importance de l’aveu : « c’est moi qui parlais », il n’est pas possible d'affirmer au malade : « vous avez seulement entendu votre propre voix et vous l’avez prise pour celle du concierge! » Le malade pourrait répondre :

« J’ai commencé par être un halluciné et rien qu’un halluciné. J'avais des soucis, c’est vrai, mais je ne pensais pas être regardé avec malveillance par mes voisins; et j'ai été le premier surpris quand j'ai entendu un jour, en plein silence : « Pourquoi donnes-tu à manger aux oiseaux », ou « Konakry », ou autre chose, lancé par des voix que Je connaissais et distinguais. Que mes hallucinations auditives, d’abord pures, se soient peu à peu compliquées, que je me sois mis à remuer les lèvres et que j'aie fait de l’écholalie, silencieuse, faible ou forte, postérieure ou synchrone aux propos des voix et aux perceptions auditives, c’est possible, mais ces phénomènes moteurs sont secondaires ou contingents. Si ma propre voix devient assez forte pour entrer en concurrence avec les voix hallucinatoires, je ne sais ce qui se passera; peut-être un conflit, un wettstreit, avec neutralisation d’une des deux perceptions, celle de ma parole ou celle de la voix irréelle. Peut-être, dans ce tout dernier cas, y aura-t-il substitution de l’impulsion verbale perçue à l’hallucination, À ce moment, ou je guérirai, ou je ferai un délire psycho-moteur et logerai mes ennemis dans mon corps, ou je ferai du délire d’hallucina-

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