LE SUJET DÉCOUVRE SON MONOLOGUE
tions, de l’acouphrénie, et, stéréotypant mon attitude hallucinatoire, je prétendrai, à tort maintenant, entendre des voix. Au besoin, j'’affirmerai des voix sans méconnaître ou nier pour cela mes impulsions verbales et leur sonorité ».
Mr D. V.., vingt-cinq ans, après des préoccupations, du surmenage, et aussi des excès, « ressent un bouleversement » qui l’entraîne à une fugue, à des excentricités, à un accès de délire onirique sans confusion. Interné, il se montre docile, bien orienté, gardant un souvenir extrêmement précis et détaillé de ses actes.
Il en fait la suite obligée des ordres d'individus invisibles, et, encore excité, légèrement agité, bavard, il a visiblement des hallucinations auditives, et parle volontiers ses voix.
Voici un sn ac par le personnel, et revu par le sujet
après guérison : « Mon-si-eur-, ve-nez im-mé-di-a-te-ment-auté-lé-pho-ne ». M “ V.. se précipite dans un coin et écoute intensément : « C’est-Mon-si-eur-Pain-le-vé-Mi-nrs-tre-de-la- Guer-re-qui-vous-par-le. — Bien Monsieur le Ministre. — Monsi-eur- .… -vo-tre-fem-me-vous-trom-pe-a-vec-Mon-si-eur-X..….. — C’est abominable! Voilà quinze jours qu'on me dit ça. — Âépon-dez-Oui Excellence. — Oui Excellence ».
Le personnel a également noté les propos suivants : « Tant
mieux. Qu'il meure..…. Je ne l’aime pas. Quelle ouïe...! Dire qu’il nous entend de là-bas. Il raisonne très bien ».
Mr D. V.. s’étonnait d'entendre ainsi : « Moi qui ai l'oreille un peu dure ». — « La nuit, disait-il, c’est au-dessus de mon oreille gauche qu’est la voix, comme un téléphone attaché à ma tête... ». À l'hôpital où on m'avait mis d’abord, j’entendais le médecin qui me répétait : « S2 vous ne vous taisez pas, on vous mettra au cabanon n° 4 ».
Un matin, après quatre jours d’internement, nous trouvons D. V.., complètement guéri, parfaitement conscient de l'entière morbidité de son histoire et de la parfaite irréalité des voix. « Mais Monsieur, lui dit-on, ne vous rendiez-vous pas compte que vous disiez vous-même, et à haute voix, ce que vous prétendiez tenir de M, Painlevé et autres ? » « Pas du tout. Je m’en suis aperçu la veille de ma guérison. Je me suis d’abord rendu compte que je remuais les lèvres en écoutant, et même que je disais tout ce que j'entendais... Je causais tout bas et j’entendais tout haut... La nuit, j'ai dormi. Le lendemain, c'était fini ».
« Je disais tout bas ce que j’entendais tout haut ». Il ne faut pas s’exagérer la simplicité et la portée de cette