FAIT PRIMITIF. QUOD ET QUO CREDITUR
leur œuvre, et la question de sa réalité reste entière, On croit même pouvoir assurer que de tels systèmes de croyances facilitent des « j’ai vu » fort peu critiqués, aussi rapidement accordés qu’obstinément maintenus. Un flottant phosphène si le patient Croit — sera la colombe du Saint-Esprit. Ebloui par sa foi, il ne saura jamais qu'il a vu la plus physiologique mouche volante, et Pascal, aujourd’hui, avec tous les clergés, s’il s’efforçait de justifier les visions, se méfierait des violentes affirmations du visionnaire.
Ce n’est pas sûr, car les sujets pullulent selon qui la vision, inattendue et bizarre, surgit hors de toute préperception, de toute préparation consciente, et serait ellemême, elle seule, leur grand motif conscient de croire en elle, leur « quod et quo creditur ». Ils assurent qu’ignorants de toutes autres causes de leur foi, ils exigent nécessairement de la vision des titres à leur confiance, des traits caractéristiques intimes. Ils ne veulent pas que la gestation inconsciente de la foi, même si elle a fait le terrain de la vision, paralyse leur critique et les incite à de trop légers & j'ai vu ».
Les malades, en grande majorité, sont très fermes làdessus. Quand ils ont entendu « faussaire... tu violes ta fille... on se moque de toi dans toute l’Europe... », ils ne pensaient à rien qui pût les induire à « réaliser » de telles images verbales. Quand ils ont vu surgir, la nuit, un monstre grimaçant, un Joli petit Lalliputien, une fleur merveilleuse, ils prétendent qu'aucune analyse ne fera de ces perceptions des images et des interprétations. Pour eux, ces mots, ces choses, irréels si l’on veut, sont aussi correctement perçus que les objets qu’ils simulent. Ils veulent qu’on admette leur « j'ai vu, j'ai entendu », comme ceux du savant, de l’artiste, rompus aux finesses du regard et du compte rendu. Ils prétendent à l’objectivité, non de ce qu’ils ont vu, mais de leur attitude et de leur critique. Ils savent bien, on ne doit jamais l’oublier, que leur perception est sans objet; ils ne supportent pas qu’on s’obstine à rabâcher qu’ils n’ont pas perçu, vu, entendu, oui.
On leur dit : « Vos perceptions sans objet étant inconcevables, ne peuvent être qu’images, souvenirs mal interprétés ». Non, disent tout d’une voix les connaisseurs : une
Or