PRÉSENCES MYSTIQUES
lui est besoin des caractères objectifs ». En admettant que le primitif vu par les commentateurs de ses observateurs, affirme vraiment la présence réelle de l’objet absent, dit-il le voir ? Il ne semble pas; et M. Blondel signale que ces êtres distinguent à merveille le rêve de la veille, tout en lui accordant même valeur, même poids. Le primitif interprète autrement que nous. Perçoit-il autrement, et paraît-il, ou dit-il, percevoir autrement ? Ce n’est pas établi, Ses interprétations lui donnent-elles un comportement d’halluciné plus suggestif que celui du croyant devant l’autel où il souffre de ne pas percevoir son Dieu ? Les « participations », « identifications » et « présences mystiques » du primitif éclairent-elles enfin les propos de nos hallucinés, terre à terre ou mystiques ? Aucune de mes observations ne m'a permis de hasarder cette conclusion. Ce qui est vrai, c'est que la mentalité primitive, ses survivances et ses retours, quand elle invite à affirmer la présence de l’objet absent, favorise l’état préhallucinatoire et, à coup sûr, le comportement hallucinatoire en l'absence d’hallucination. Le secours des primitifs permet donc de détacher un petit groupe de la masse des apparents hallucinés. Je dis un petit groupe car les malades du type Blondel allèguent rarement des apparitions ou des voix, et diffèrent profondément des hallucinés moyens, autrement clairs, autrement récalcitrants. Faible contre la cohue des individus à comportement hallucinatoire, le primitif ne peut rien contre le bloc des hallucinés irréductibles.
Une illusion géométrique, une perspective ambiguë « nous fournit indifféremment, dit M. Blondel, la représentation de deux objets distincts. Elle peut donc être diversement interprétée. Entre les deux interprétations, libre à nous de choisir ». Devant douze traits de plume sur le papier, le sujet qui dit « un cube » a vivement conscience de ne pas interpréter et de voir, de percevoir, un cube aussi cube, doué d’un relief aussi beau et plus visible que si l’objet était taillé et non tracé. Sa perception n’est pas, si on peut dire, moins cubique devant les douze traits que devant un pavé, elle l’est peut-être plus en face du dessin plat, Toute gonflée qu’elle est de connaissance et d’inter-