‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 409 sur 422 · PENSER ET ENTENDRE IDENTIFIÉS · texte numérisé non relu

PENSER ET ENTENDRE IDENTIFIÉS

poussée métaphorique qui, après avoir donné naissance aux multiples acceptions du mot entendre où voir », « s’est effacée de notre conscience en y laissant isolés les concepts qu’elle avait rejoints, se solidifie pour ainsi dire sur tout son parcours, et constitue une continuité indistincte ». Alors, penser, parler, entendre, voir, lire, écrire ne font plus qu’un ; il y a « reprise en masse des états distincts en lesquels la conscience normale se fragmente pour ainsi dire à l'instant même qu’elle se connaît ». Le mot penser et le mot entendre « forment un seul et indistinct concept auquel répond une réalité unique, qui, de la duplicité normale, n’a conservé que les prolongements discursifs »…. « Du reste, point n’est besoin de supposer que les sujets se méprennent sur la nature de leurs états de conscience ».…. « Que la distinction du subjectif et de l’objectif perde de sa nécessité et de sa valeur, et tout un système de perceptions données pour objectives pourra s'organiser autour d'éléments subjectifs dont la présence deviendra signe de réalités extérieures, sans qu’il soit besoin d'aucun fantôme sensoriel pour leur servir de prétexte, Le langage sera hallucinatoire, la pensée ne le sera pas ».

Dans la Conscience morbide, M. Blondel s’est fondé sur des malades que caractérisaient, entre autres choses, leur indifférence à la logique, leur symbolisme et leur manie d'identifier les disparates. Ils proclament leur indifférence avec des sanglots, ils sont analogues à la malade de M. Janet qui affirmait « je dors » en circulant sur le boulevard avec un ami, ils disent perdre leurs forces à mesure que leurs enfants grandissent, ils se sentent dans le corset qu'ils voient à l’étalage, ils constatent, pour avoir lavé les gants de leur patronne, que les mains de leur patronne sont devenues leurs mains, ils gémissent de ne pouvoir mourir, sont pourtant morts et veulent être enterrés, mais ont peur de lasphyxie; ils confondent goût psychique et goût physique, cœur physique et cœur psychique. Il y aurait là une fusion, une homogénéisation, une implication mutuelle, une identification des états qualitativement distincts de la vie normale,

Mais la continuité indistincte ainsi créée ne peut être perçue avec conscience et conçue qu’au prix d’un vigoureux

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