DISSOCIATION MORBIDE
témoignages de ces malades, chercher un état neutre, primitif, originel, intensément conscient mais ineffable ? La lettre de ces délires représente-t-elle l’absurde découpage et la dissociation d’un état simple ? Impulsions verbales et prétendues sensations auditives, gustatives, tactiles, sontelles les sous-produits, ou, plutôt, les aspects dissociés d’un phénomène psychique actuel que le sujet ne peut concevoir et formuler tel qu’il est ? La malade W... 1, par exemple, avec le poison qu’elle entend parler dans sa bouche, est-elle en présence d’une insondable et simple trinité, et découpet-elle en trois ce trine ineffable ? Sa conscience, au moment même où elle se connaît, ne le peut-elle qu’au prix de cette décomposition ?
Au contraire, le malade ne substituerait-1l pas une présentation populaire vulgaire, archaïque et non primitive, à un compte rendu exact mais savant, qui le dépasse tout en étant de sens commun ? W.., avec son poison parlant, pourrait dire « je subis l’association, contingente et accidentelle, d’une sensation gustative, d’une image ou sensation auditive, et d’une impulsion verbale, toutes trois bien distinctes et bien distinguées; et ce sont des antécédents neuro-psychiques, micro-psychiques, inconscients, qui commandent ces trois ou ce triple état, et font son unité en l’expliquant ». Incapable de ce compte rendu, incapable de se résigner à reculer la synthèse dans l’inconscient ou dans l’écorce, incapable enfin de supporter la dissociation où conduit la maladie, W... s’est spontanément arrangée pour donner un sens et une unité de sa façon aux phénomènes incohérents qu’elle subit.
Loin d’éprouver d’abord quelque chose de primitif, neutre, simple, un et ineffable, pour le découper aussitôt en fragments artificiels, W... et les autres font le contraire. Ils imposent à des données distinctes et simultanées une unité artificielle. « J’entends le marteau du menuisier, j'éprouve un choc, j'ai un bleu ». Le normal voit là trois états distincts : « la perception soudaine du coup de marteau me vaut une émotion et des idées pénibles ; quant au bleu, il date du heurt d’un meuble, hier ». Mais le malade, pour