SYNTHÈSE DÉLIRANTE
des raisons encore inconnues, est moins apte à percevoir ou à supporter des distinctions; où il y a trois faits de conscience, il n’en fait qu’un, il établit, entre les sensations les plus banales et les plus éparses les associations les plus puériles. Il n’éprouve pas des états synthétiques extraordinaires qu’il pulvériserait en fragments familiers ; 1l éprouve les états distincts de tout le monde et de tous les jours, mais se succédant ou s’associant bizarrement ; et, avec eux, il élabore des combinaisons impossibles, « Voici en moi, pourrait-il dire, des impulsions verbales, des sensations auditives et des sensations viscérales. Je suis incapable, le médecin aussi, de rechercher l’unité qui existe, non pas entre ces phénomènes mais derrière eux, à leur origine ; je mets cette unité dans ces phénomènes épars, et je soutiens que M®° X..., présente à la fois hors de mon corps et dans mon corps, me parle, d’une voix qui est la mienne tout en étant la sienne. Le sujet A. Z... nous a montré quelque chose d’analogue à cela.
Parfois, l’unification, l’internement arbitraire d’états éprouvés distincts dans un cadre unique, la synthèse morbide reste incomplète. V... 1 qui monologue en écoutant, et qui attribue ses propos à autrui, met bien autrui en elle, et parle de l’agglutination des cervelles de ses ennemis à la sienne ; maïs elle ne les écoute pas et n’a pas à les entendre. Si, quand ils parlent par sa bouche, elle prend une attitude auditive, « c’est machinal ». T... 12 paraissant écouter une voix céleste, reconnaissait aisément que c'était sa voix, et disait de son attitude : « ma tête se lève toute seule ».
Ces malades gardent un reste de conscience de leur dissociation. Comme de plus délirants et moins clairvoyants, ils subissent des choses diverses, éparses et sans relations logiques; et ils leur en imposent, et c’est le délire; mais ils délirent peu, incomplètement ou mal, et laissent telle ou telle des données morbides en dehors de la combinaison où ils essaient de perdre les autres. Délirants partiels, ils respectent en partie la dissociation que fait en eux la maladie, ils ne réussissent pas tout à fait à substituer au chaos ou à la poussière d'états flottants qui sont la psychose
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immédiate, la pseudo-synthèse que cherche Le délire. A leur maladie, le délire en ajoute bien un autre, mais avortée; ils ne réussissent pas à faire de l’aliénation mentale au second degré.
Quelquefois enfin le délire se parfait tout en respectant la décomposition morbide primitive; et c’est le malade E. U... 5, dont « les Voix », il en a une conscience aiguë, sont faites ainsi : une voix extérieure mais qu’il ne perçoit pas, une impulsion verbale, qu’il ne dissimule pas, et « un amplificateur » de la voix ennemie, un bruit subjectif par exemple.
Cette dissociation de l’hallucination auditive apparente, cette conscience de la dissociation morbide primitive, nous avons vu que beaucoup de malades en étaient capables quand la systématisation délirante et la stéréotypie ne les conduisaient pas, comme À. Z... 4 et B. Y... 5 à quelque synthèse absurde où ils se maintiennent par un parti pris désespéré, finissant où les malades de M. Blondel ont commencé.
L’hallucination a subi d’autres attaques.
Masselon n’a malheureusement pas pu mener à son terme sa critique, qui paraissait bien viser à la suppression de la perception sans objet. Etudiant les prétendues hallucinations des paranoïaques et paranoïdes, il ne leur trouve pas l’objectivité qu’on leur attribue, il estime que les sujets eux-mêmes n’en éprouvent pas l’impression du réel, il y voit un délire, il la réduit à des images vives qui accaparent l'attention, et à un trouble de jugement qui s'oppose à la réduction ; il reproche enfin aux prétendus hallucinés leurs stéréotypies,
M. Bouyer ?, M. Gelma 8, M. Halberstadt #, dans des travaux de fine analyse, tendent aussi à la suppression de la perception sans objet, et j'ai moi-même, plusieurs fois,
13 "1P/ 0455: 14. P. 440. Son persécuteur est à la fois au dehors et dans sa gorge; son bruyant monologue est d’un malheureux muet. — 15. P1 446. — 16.
L'haliucination et ses modalités cliniques, Journal de Psychologie, 1912. — 17. Sur les hallucinations visuelles, Journ. de Psych., avril 1924; De l’image à l’hallucination (avec Chevalier), Journ. de Psych., avril 1926: L'état mental des hallucinés et ses deux facteurs, Encéphale, 1927, 443-456. — 18. Les hall. aud. sont-elles entendues comme des sons ? Strasbourg, 1995. — 19. Paris Médical, 1922, 352.