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L’INDIVIDU ET LA PERSONNE

essayé de contribuer au démembrement de l’idole. Le travail où cette tendance se manifeste Le plus vivement me paraît être celui de M. Revault d’Allonnes *.

D'accord avec beaucoup, il propose de négliger les hallucinés du type Marillier et, je crois, tout ce qui prétend être perception sans objet de la veille normale, les « images eidétiques » par exemple, telles que les décrit l’école de Marburg, c’est-à-dire comme perceptions, comme esthésiques.

« Fuyons ces grands artistes, soi-disant normaux hallucinés, qui poussent leurs chefs-d’œuvre sur l’avant-scène, tirent, derrière, le rideau, et dissimulent l'atelier; préférons les ouvriers naïlfs qui nous font visiter les coulisses. Ainsi le phénomène hallucination ne sera plus une merveille, isolée dans l’abstrait, mais vu dans ses connexions, ses rapports, il exhibera peut-être son mécanisme...

Tant que l’on prête à l’halluciné une mentalité saine, on se heurte à une énigme; les aliénistes, comme Lélut et Michéa, sont réduits à constater sans comprendre; les philosophes, tels que Taine et Bergson, à sonder les abîmes de la métaphysique, sans en tirer une conception capable d'affronter la clinique...

À la base de l’hallucination existe un état morbide de la personnalité, caractérisé par l'insuffisance des contrôles et par le morcellement psychique, ou, selon l’heureuse expression de Leuret, par le fractionnement de l’esprit...

Mais quelque chose risque de masquer le désarroi profond de la personnalité hallucinée... L’halluciné conserve un « moi » conscient... Et c’est ici qu’il faut nous entendre sur les termes personnalité et individualité... Le second, plus vaste, englobe le premier. Rétrécie, refoulée, déjetée par des néoformations marginales qui se sont développées aux dépens de sa propre substance, la personnalité hallucinée n’est pas scindée. Comment une personnalité, fût-ce amoindrie, pourrait-elle subsister, si elle cessait d’être une et indivisible 2... C’est l’individualité, non la personnalité, qui, chez l’halluciné, est démembrée, fractionnée, plurale. Le moi résiduel ne régit plus qu’une parcelle de son ancien empire, le reste est soustrait à son pouvoir, Sinon à ses vues; par-dessus la frontière passent et lui parviennent des productions extra-territoriales, élaborées sans lui, hors de lui, souvent contre lui, dans les zones évacuées...

Une clarté non douteuse se lève aussitôt que l’on reconnaît à l’halluciné une mentalité doublement morbide, par la diminution du champ où s'exerce la juridiction personnelle, par l'insurrection des territoires en dissidence. Ce déficit, ce frac-

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