LES ÉTATS EXTRA-PERSONNELS
tionnement modifient le système entier des valeurs d’où dépend la perception du « soi » et du « non-soi ».….
Les zones soustraites à l'administration du mor résiduel, et ainsi devenues extra-personnelles, l’assaillent de manifestations hétérogènes, nées hors du « moi », et qui sont reçues pour des messages émis par d’autres personnes.
Plusieurs caractères essentiels de l’hallucination se trouvent ainsi expliqués : son apparence constante de réception, son apparence fréquente d'intention émanée d'autrui, son analogie avec la perception vraie (et non pas identité : les hallucinés conscients s’accordent à dire : « Ce n’est pas la même chose »).
Reste à examiner la sensorialité et la spatialité de l’hallucination; tant qu’elles n’interviennent pas, le phénomène ne mérite pas encore le nom d’hallucination...
En quoi consiste, quand il existe, le caractère sensoriel et spatial des fausses réceptions ?... Le malade veut simplement figurer la présence d’êtres invisibles, dont les pensées s’imposent à sa pensée, sans que cette intrusion revête véritablement une sonorité matérielle... Il affirme la matérialité de ses fausses réceptions pour le seul fait qu’elles n’ont pas l’estampille personnelle, et quoique la sensorialité et la spatialité en soient faibles ou nulles.
En procédant de la sorte, il ne fait qu’appliquer une loi générale de la perception. Notre lecture du réel-se fait ordinairement à la volée et ne recueille que des impressions rudimentaires. Nous les complétons par des images mentales...
De même pour les réceptions fausses. Un rien de matérialité leur confère la dignité de fait. Or, la conviction préalable d’une influence étrangère suggère de matérialiser une réception mentale. Pour y parvenir, n'importe quel sens est mis à contribution, et de n’importe quelle manière... L'ouïe fournit des bruits réels et des représentations mentales auditives : les significations suspectes présentées au mot résiduel s'incorporent à ces sonorités auriculaires et à ces sonorités mentales. Parfois, la vue est mise à contribution : les impressions visuelles réelles ou mentales concrétisent les significations suspectes... Souvent, ce sont les mouvements du malade qui sont réquisitionnés. Sa propre bouche profère des propos qui viennent d’autrui, elle les chuchote, les parle et même les crie... Ils s’accrochent aussi, sans qu’il soit besoin d’articulation, au rythme respiratoire, qui les transforme en « voix dans la poitrine » et en « voix dans le ventre ». Ils se contentent même des mouvements perçus en un point quelconque du corps et deviennent des voix dans l'épaule, dans le genou, dans les doigts... Quelques malades ont ainsi une frénésie de matérialisation, un don de concrétiser et de dramatiser…
Dès lors, le problème de la sensorialité hallucinatoire se trouve singulièrement simplifié. Une pensée d'aspect étranger,