L'H., MÉTAPHORE, ERREUR, JEU
La théorie de M. R. d'A... précise le fait à expliquer; elle n’en est pas l’explication.
Ce que la psychiatrie ignore, le malade croit le Savoir : « je ne répudie pas la moitié de moi-même parce que ma personne s’est rétrécie au sein de mon individu; ma personne s’ampute de la moitié de ses états parce que ceux-ci ont changé de qualité; et le changement type, celui qui me rend le plus « dissidents » mes propres phénomènes, c’est celui qui fait de mes images des perceptions. Moi, malade, je prétends commencer par subir des perceptions sans objet, et fonder sur elles mes délires et mes plus incompréhensibles affirmations. À Noéphème de me prouver que c’est le contraire.
M' R. d'A... y réussit-il ? Il reconnaît que l’essentiel de l’hallucination, c’est, avant le sentiment de réception et d'intention, la sensorialité, la spatialité. Comment les obtient-on dans la théorie du rétrécissement de la personne au sein de l’individu ?
On note d’abord que beaucoup de malades métaphorisent lorsqu'ils disent « j'entends », et se bornent à exprimer de façon figurée que des pensées s'imposent à eux, sans que cette intrusion révèle une sonorité. Ces malades sont très intéressants et on peut s’en servir pour étudier les autres; mais, 1c1, on s'occupe de l’halluciné ordinaire, qui ne métaphorise pas. Dans un deuxième argument, les états de l’individualité dissidente, même sans spatialité ou sensorialité, sont pris pour des perceptions parce que répudiés, privés de l’estampille personnelle, Mais pourquoi et comment leur répudiation en fait-elle des perceptions, ou les fait-elle prendre pour telles, Un troisième argument recourt à une théorie de la perception normale : nos sensations sont rudimentaires et nous les complétons par des images. La question reste entière : pourquoi ces images, courant audevant des choses, sont-elles prises pour des perceptions ? M° R. d'A... ne le dit pas plus que Bergson. Il le dit même moins car, chez Bergson, ces images deviennent des perceptions et n'ont pas à être prises pour telles. Dans le quatrième argument, la conviction « préalable » de l'influence étrangère matérialise les images répudiées... en
NÉGATION GÉNÉRALISÉE 505 les associant à des perceptions réelles. C’est la théorie où l’hallucination ne comporte pas d'autre matière sensorielle que des sensations réelles, actuelles, mal interprétées, audevant desquelles courent les images; la piqûre d’insecte prise pour un coup d'épée. On sait que l’immense majorité des hallucinés, critiqués et critiques, repousse cette présentation des faits. Cinquième argument enfin : la matérialisation, la perception sans objet, l’hallucination, est appelée un Jeu. Ce terme est parfois justifié. Parfois, le malade à comportement hallucinatoire ne croit n1 à la réalité de ses voix n1 au fait de les percevoir, n’y croit pas plus que le maniaque ou certains P. G. à leurs milliards. Mais, dans la règle, la perception sans objet est pour le sujet une tragique ou tout au moins curieuse réalité, sans l’ombre de mythomanie, de pathominie ou de délusion.
De cette discussion elle sort intacte et on ne peut estimer que, une fois donnée la réduction de la personnalité, on obtienne « la sensorialisation et la spatialisation », « compléments accessoires », « par un grand nombre de moyens faciles qui ne soulèvent aucun problème particulier ».
Le jugement de M. Revault d’Allonnes prétend frapper tous les hallucinés, et d'autant plus qu'ils sont plus aliénés. Il frappe avant tout les délirants aigus et les confus, épargnés par M. Blondel et par Masselon; et l’on sait que M. Janet ?!, exprimant un avis très répandu, méprise tout spécialement les visions de ces oniriques, voisins « du stade perceptif ». Il ne leur accorde que de simples « attitudes perceptives déterminées par des trompe-l’œil ». Nous avons vu pareille idée chez M. Legrain, fort de ses 8.000 alcooliques ; et J'ai dû reconnaître que mes aigus d’Asile, observés dans leur délire et non après, n’avaient jamais eu d’hallucinations devant moi. Leurs « un rat!... le feu!... un serpent !.. à l’assassin!...» ont été, toujours, Les noms d’objets présents et de perceptions ambiguës.
Les Hallucinés de Müller, les frères des Nicolaï, des