L'HALLUCINATION AUDITIVE VERBALE
Il perçoit admirablement les objets, il les perçoit même mieux qu’à l’état normal, avec une attention renouvelée (p. 377); et quand l’objet se fait complice d’une vision, ce n’est pas pour en fournir la matière, c’est pour se laisser parasiter par elle, pour disparaître même sous la vision (p. 377).
L’objection des phosphènes et images consécutives lui paraît trop facile, Il a surveillé à la fois ses métesthésies et ses visions. Ses métesthésies, loin d’être la matière de ses visions, n'en sont que le cadre occasionnel; ses visions sont indépendantes de ses phosphènes même quand les broderies qui s’étalent soudain sous ses yeux sont le plus étroitement contiguës aux purs dessins nés de ses entrelacs rétiniens (p. 385); il y a quelquefois conflit entre les apparitions métesthésiques et hallucinatoires, et les hallucinations foisonnent et s’épanouissent bien mieux quand le champ visuel est le plus près d’être optiquement vide,
L’halluciné observe en lui et devant lui, distingue et classe ses conduites, son verbalisme externe et interne, son mentisme imaginatif, ses pseudesthésies, ses images consécutives et ses visions. Fort de la lucidité que le psychiatre renonce à lui contester, il croit à l’indépendance de ses hallucinations, à leur matérialité, à la perfection des objets qu’elles recréent. L'image virtuelle qu’elles lui en donnent est « vivida, multiplex et congrua », elles est « belle, bonne et vraie ».
XII. — J'halluciné de l’ouie classique, le persécuté, raisonneur, systématique, affirme ses hallucinations avec la certitude d’un expert; et quand un malade vient demander à un aliéniste si les menaces qu’il entend sont proférées par un ennemi ou sont des hallucinations, on lui fera peut-être admettre qu'aucune menace n’est proférée mais on perdrait son temps à lui démontrer qu'il ne les entend pas. Délirant, mais en possession de respectables moyens intellectuels, il paraît ignorer la confusion des intoxiqués, leur soumission aux ambiguïtés extérieures et leur chute à quelque état perceptif. Il avait même jadis, en faveur de la pureté de ses hallucinations, un argument bien à lui. Sa maladie était liée à une constitution psycho-
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logique, la constitution paranoïaque, et l’hallucination se formait après la naissance et la première organisation du délire, comme produit et couronnement de l’idée fixe. Perception comme les autres hallucinations, et, plus que les autres, endogène et psychogène, elle était l’hallucination par excellence.
Aujourd’hui au contraire, on tend à voir dans ces hallucinés des sujets quelconque, victimes un jour de morbidités neurogènes : subites idées bizarres, impulsions absurdes, automatismes divers, et, parmi eux, des hallucinations, le tout épars, désordonné, jusqu’au jour où le sujet se décide à délirer, à raisonner, pour donner un sens à tout cela.
Non plus produit psychogène maïs centre neurogène d’un délire, s’écartant de la paranoïa pour se rapprocher des états oniriques, l’hallucination auditive verbale ne s'affirme que mieux perception. Isolée, sans délire, hallucinose, aucun trouble psychique n’affaiblit ses prétentions. Automatisme parmi d’autres automatismes, compagne par exemple d’impulsions motrices, elle tire argument de sa passivité, et le sujet peut défendre à la fois le caractère convulsif de ses états moteurs et le caractère perceptif de ses actes d’audition. Quand l’hallucination est cause enfin, centre ou matériau d’un délire, ce délire lui est secondaire et ne la compromet pas. Le sujet soutient : mon hallucination est une donnée, je l’observe avec une intelligence normale et ce sont bien des perceptions auditives que je subis quand mes voix vont jusqu'à m'adresser des discours (pp. 406 et 411).
Tout cela va être vivement contesté.
L’offensive de Noéphème a porté sur trois positions : hallucinés monologueurs, hallucinations psychiques, ineffabilités de l’état hallucinatoire.
XIII. — Les MoNoLoOGUEURS attirent la critique. Ils ne se contentent pas de répondre aux « voix » ou de nous en répéter les propos. Entre ce que leur diraient les « voix » et ce qu’ils disent en effet eux-mêmes, il y a synchronisme et identité. Avons-nous là, simultanées et identiques, une
hallucination auditive et une impulsion phonique? Ou l'impulsion phonique est-elle la réalité extérieure que le malade prétend être une voix distincte de la sienne, étrangère à lui, et perçue par l'oreille ?
Bien des faits, nous l’avons vu, paraissent confirmer la dernière thèse, celle qui réduit l’hallucination auditive verbale aux impulsions phoniques du fou.
Ces monologueurs sont très divers. Tous affirment également leur automatisme, tous nient son autonomie, tous ont la passion de la passivité, tous veulent « frénétiquement » percevoir des objets extérieurs à eux; mais ces prétentions sont plus ou moins radicales, et on trouve de ces malades à des stades très divers :
« C’est bien moi qui parle, mais sous l’action psychophysique de X..., qui provoque en moi, irrésistibles et funestes, des impulsions verbales ». — « C’est bien ma bouche qui parle, mais elle a été prise par la voix de X.. C’est ma bouche, c’est sa voix ». — « J’ai l’air de parler. Je ne dis rien. Celui qui parle, c’est X..., installé dans ma bouche ».
Avant de se décider à projeter la « voix » au dehors, à des lieues, le sujet peut l’installer, toujours dans son corps, ailleurs que dans la bouche, dans les annexes thoraciques et abdominales de l’appareil phonatoire.
Vient le geste décisif ; et nous avons vu que maint malade n'hésite pas. Ce n’est pas lui qui parle, on ne parle pas par lui ou en lui, on lui parle, du dehors, et son appareil phonatoire n’y est pour rien.
Parfois, en affirmant ses hallucinations auditives, :1l avoue son monologue : par une bizarre et contingente association, semble-t-il dire, par un singulier réflexe, sa parole est un écho, et un écho synchrone, de la voix extérieure; son oreille reçoit, son larynx émet. D’autres fois, tout à la voix extérieure, tout à l’objet qu’il affirme, il nie sa propre activité orale, et même en perd conscience.
Occupons-nous du premier groupe : on leur parle, et leur larynx, écho synchrone, répète; et nous avons à montrer que l'impulsion motrice est tout, qu’il n’y a aucune hallucination, que l’impulsion orale est la réalité psychique baptisée voix extérieure.
Postulée l’origine étrangère de la voix, ce n’est pas nécessairement par l'oreille que les « écholales » la reçoivent. Ce peut être, avons-nous vu, par les mains (p. 426). Non pas, pas du tout, que la voix prenne un intermédiaire graphique. Ce qui parvient au sujet, à travers le mur et par la main, c’est une voix, une voix orale, mais qu’il n’entend pas, dont il a une perception tactile. Même observation quand la Voix lui parvient par les pieds, par toute la surface cutanée, par le vagin. La Voix peut s’introduire enfin dans le sujet par la bouche, ses sensations gustatives traduisant un langage oral (p. 424).
Le pivot de tout cela, c’est l’impulsion phonique. Le reste n’est que système. Le malade répudie la paternité de son impulsion et prétend subir les paroles d’une voix extérieure dans les mains, les pieds, les papilles gustatives. Ne nous suggère-t-il pas qu'il n’aura pas plus d’hallucinations auditives le jour où il dira recevoir ces paroles par l'oreille qu'il n’a d’hallucinations auditives aujourd’hui, quand il dit capter un langage oral, acoustique, par le tact, le sens génésique, la IX° paire ou la IT°?
Faisons intervenir la VIII°, l’ouïe, Dans des cas où son rôle est manifeste, le sujet explique pourtant, admirablement, qu'il n’a pas d'hallucinations auditives, et qu’il met seulement les bruits extérieurs ou ses bruits subjectifs au service de ses impulsions laryngées. On le fait parler, on parle pour lui, on envoie dans son larynx ce qu’on veut lui dire, et, en même temps, un bruit réel, un « amplificateur » acoustique, devient l’âme sonore de l’impulsion musculaire (p. 456). Or, avant son analyse, le malade s’écriait : « Je les entends comme je vous entends ». — Les mots se posent ici sur des phénomènes acoustiques ; mais c’est secondairement, par l’intermédiaire d’une impulsion phonatoire que le bruit réel en vient à mimer l’hallucination auditive.
Pour que le malade affirme une voix étrangère et extérieure à l’origine de ses impulsions phoniques, il n’est pas toujours besoin de sensations auditives, tactiles ou autres ; et quand telle malade me dit « ce n’est pas moi qui ait dit cela; c’est l'abbé X... », elle sait, elle ne sent pas, que l'abbé à « agglutiné » son cerveau au sien (p. 423). Une malade affirme un bracelet à son bras tout en reconnaissant
qu'elle n’a jamais rien vu ou senti (p. 434). Certaines affirment que telle infirmière, d’une intense féminité, est leur père, et reconnaissent vingt personnes dans le service, sans percevoir, entre les absents et leurs sosies, aucun trait de ressemblance; on les voit même, quand le père et les amis réels arrivent, nier que ce soient eux, malgré une identité, au besoin numérique, qu’elles ne contestent pas. — Ces affirmations rendent moins surprenantes les décisions de nos monologueurs : négliger la bruyante réalité de leurs impulsions verbales, affirmer des perceptions auditives verbales malgré leur infiniment probable inexistence.
Ces « écholales », ont deux façons d'affirmer qu'ils entendent des voix : l’attitude, le geste de qui écoute, et l'affirmation verbale d'entendre.
Tous écoutent mais certains reconnaissent qu’ils n’entendent rien. Au moment même où ils émettent les propos de « la Voix », ils tendent l’oreille ; maïs 1ls ont à peu près ces remarques : « on me parle par ma voix, je n’entends pas, je n’écoute pas. Si j'ai l’air d'écouter, c’est que ma tête prend sans moi l’attitude de l’hallucination auditive, machinalement, automatiquement, neurologiquement, par une sorte de liaison corticale, d’origine encéphalitique peut-être, entre impulsion phonatoire et attention auditive. J’ai l’air d'entendre des voix, maïs je n’en perçois point; je réussis une subtile dissociation entre le comportement céphalique et le comportement verbal » (pp. 429, 432).
Après ces monologueurs, qui avouent aisément n’avoir point d’hallucinations auditives, il faut en venir à d’apparents irréductibles : « Nous entendons des voix, c’est notre dernier mot ».
On sait qu'ils forment deux groupes : tous affirment entendre des voix, mais, si les uns reconnaissent leur monologue, les autres le nient.
On leur oppose naturellement les monologueurs qui recevaient tout à l’heure des voix orales par n’importe quel sens, et ceux qui ont compris qu’ils projetaient leurs impulsions phoniques dans un bruit quelconque, Mais les malades avec qui nous avons maintenant affaire protestent : ils sont incapables de ces folies; pendant leurs propres émissions orales ou avant, ils entendent la voix extérieure.
Le détail des faits nous a montré que cette position était intenable; et tout témoin du manège de ces entêtés refuse d'admettre quelque association entre une impulsion laryngée et une hallucination auditive, fait de la Voix alléguée une invention du sujet en mal d'explication. — Des intuitives décident soudain que leur mari a disparu, remplacé par le diable, absolument distinct et parfaitement indiscernable du mari (p. 408); nous venons de faire allusion à des affirmations non moins surprenantes, et chacun sait que les milliardaires d’Asile savent qu’ils n’ont pas le sou. Au nom de ces exemples, devant nos prétendus hallucinés, il faudrait dire, non pas : « leurs hallucinations sont un délire », mais : « ils n’ont pas d’hallucinations, leur délire consiste à affirmer entendre des voix ».
La plupart, un moment irréductibles, finissent pourtant par abandonner l’explication de leurs impulsions phonatoires par des « voix ». Et ceux qui persistent sont des «a systématiques », chez qui la « voix » n’est pas une hallucination, mais un délire; et un délire où quelque chose comme le prélogisme paraît parfois jouer un rôle : « Ils parlent et c’est moi qui le dis », « ils disent ce que je veux comme si je parlais », « on dirait que c’est moi qui dis ce que Je veux, mais c’est eux », « leur voix est là, à terre, à ma droite, et en même temps dans ma gorge », disent des malades que nous avons vus se livrer à d’autres excentricités logiques (p. 445). Le plus beau, que je viens de voir, associe l’affirmation d’une voix simultanément lointaine et laryngée avec la croyance que ses voisins collectionnent des armes, débris de bois, fils de fer et, la nuit, les lui enfoncent dans le ventre, où il les voit, cependant qu'ils les gardent soigneusement dans leurs poches.
Ces systèmes sont chers aux malades; et l’observateur qui en tente l’analyse agace ses sujets, prêts à tout plutôt qu’à des rectifications destructrices de l’œuvre délirante.
Un dernier effort, et le monologueur nie son monologue : « Je suis muet comme un mur », « Je Me promène avec une épingle dans la bouche pour montrer que ce n’est pas moi qui parle » (p. 447). — T'inconseience du monologue est parfaitement admissible. Une de mes malades, mélancolique et sénile, qui n'entend pas la moindre « voix »,
monologue indéfiniment... et ne s’en doute pas. Dès qu’on cesse de converser avec elle, son bavardage à voix basse reprend, et elle manifeste une surprise inquiète quand on la prie de cesser : « ce n’est pas possible... est-ce vrai que je parle toute seule ?... ». Si un tel sujet, sans délire, sans névropathie, sans secrets psychanalytiques, et sans alléguer de voix, peut bavarder inconsciemment, on ne peut refuser tout crédit aux délirants, soi-disant persécutés par des voix, quand ils nient leur monologue.
Ils peuvent donc le nier par inconscience, soit qu'une hallucination auditive le neutralise, soit plutôt parce que leurs propos, inconscients ou niés en tant que monologue, sont « perçus » ou affirmés comme voix étrangère; le délirant, tout à l’objet, pouvant prendre son murmure ou les silencieux mouvements de ses lèvres pour des menaces tonitruantes. C’est de la fausse reconnaissance plus que de l’inconscience, et nous avons noté que ces sujets, après guérison, pourront à peine retrouver le souvenir de la réalité : le monologue, et annuler l’erreur : la prétendue voix ou la prétendue hallucination (p. 451). Leur conscience, tout occupée à une apparence d’hallucination auditive, a ignoré l'impulsion phonique en tant que telle; comment, après coup, pourraient-ils rectifier ?
Parfois, le malade nie son monologue réel en faveur d’une voix et d’une hallucination auditive inexistantes sans qu’on puisse parler d’une quelconque forme d’inconscience. Il s’agit, nous l’avons vu, de vieux délires stéréotypés, de systèmes délusifs et plus ou moins mensongers ; et les malades ne les prennent pas beaucoup plus au sérieux que le P. G. ses grandeurs. Prêts à nier comme étant à eux et émis par eux leurs propos les plus normaux, les plus volontaires et les plus personnels, ces acouphrènes n’ont donc même pas besoin d’un sentiment d’automatisme, de passivité ou d'action extérieure pour affirmer des voix.
Ils y recourent d'autant plus aisément, ils généralisent et stéréotypient d'autant plus leur acouphrénie que leur délire et leur comportement hallucinatoires se vident davantage de matière et qu’ils ont moins d’hallucinations. Le comportement, l'affirmation, le délire survivent à toutes les données vivantes qui en étaient la raison d’être, et se
montrent d'autant plus envahissants qu'aucune hallucination réelle n’est plus là, toute puissante, pour rappeler au sujet ce que c’est qu’une « Voix », pour le défendre contre son acouphrénie et pour empêcher les images, les idées, les abstractions, le noétique et l’eidétique, d’être englobés sous le commun nom de « voix » extérieures sonores, C’est un peu ce qui est arrivé à nos aveugles déments, « anosognosiques », privés de perceptions, d’hallucinations et d'images visuelles, quand ils se sont mis à faire de l’optophrénie et à afhrmer qu'ils « y voient » fort bien.
Capables de crier leur mutisme et leur mutité, d'affirmer leur bavardage comme voix extérieure, de faire subir l’illusion projective à leurs images et idées les plus à eux et les plus volontaires, de soutenir des fausses reconnaissances et des contradictions dont ils ne sont visiblement pas dupes, d'annuler « l’incrédulité occulte » dont nous avons si souvent parlé, ces malades rendront tous les autres suspects. C’est à leur propos qu’on a le plus de facilités pour combattre l’hallucination et la nier ; mais, le monologue exclu, presque toutes les attaques déjà racontées pourront être répétées contre elle. La volonté de percevoir peut créer chez le silencieux comme chez le bavard une « perception » noétique, imaginative ou eidétique, équivalant pour lui à une perception sensorielle.
On ne peut rien contre ces faits : des sujets allèguent des voix ou paraissent avoir des hallucinations qu’ils n’ont pas, n’entendent pas, ne perçoivent pas. Mais Opsiphile sacrifie sans regret ces contrefaçons de l’hallucination. Il se félicite même de leur existence, parce qu’elles ajoutent une forme de plus à l’affirmation de percevoir des objets : « j'entends des voix » -hallucination vraie de Taine; « j'entends des voix » -hallucination fausse ou perception sans objet; « j'entends des voix » -fausse hallucination, pseudo-hallucination, hallucination psychique, pseudesthésie ; « j'entends des voix » -traduction délusive d’une impulsion phonique; « j'entends normalement » -affirmation pure, sans perception, sans hallucination, sans image même, d’un sourd dément, « anosognosique », comparable aux aveugles négateurs de leur cécité. Les monologueurs acouphrènes ne per-
mettront nullement de supprimer un terme de cette série : la perception auditive réelle d’une voix absente.
Beaucoup, qui renoncent aux voix et reconnaissent : « Je parle et n’entends point », retomberaient, nous l’avons vu, très volontiers à leur péché. Selon les tendances de l’interrogatoire, ils affirment ou sacrifient Les voix, Jusqu'à nouvel ordre, rien n’interdit l’existence simultanée d’une impulsion phonique et d’une hallucination auditive; on a même des schémas neurologiques tout prêts pour servir de modèles mécaniques à cette singularité biologique. Des malades distinguent fort bien entre leurs impulsions orales, leurs hallucinations auditives, leurs intuitions, leurs pensées contraintes, leurs bruits subjectifs, les bruits extérieurs; et l’aliéné analyste qui décompose sa morbidité en impulsion phonique et bruit extérieur ou subjectif ne nous à pas paru plus habile que celui qui affirme, outre ses impulsions orales, idées automatiques et passives, bruits subjectifs et interprétations, des voix. Très aignes de crédit nous ont paru les « aigus » quand, sous leurs impérieuses hallucinations, ils découvrent leur monologue d’abord inconscient. Ils ne lui sacrifient pas leurs hallucinations et, avouant : « j'entendais tout haut ce que je disais tout bas », ils ne concluent pas : « mon hallucination n’était que mon monologue, méconnu et mal interprété », ils affirment « j'ai bien eu, avec des impulsions, des hallucinations, et Les voix ont neutralisé la perception de mon monologue; il n’a été rien de plus que l’écholalie, inconsciente, de mes hallucinations ».
La contingenca même de cet écho achève de réduire son action antihallucinatoire. Les plus effrénés monologueurs ont parfois des hallucinations sans mouvements phonatoires et des impulsions phoniques sans hallucinations et sans attitudes auditives. Plus souvent, très souvent, aucun monologue, aucune impulsion orale ne vient compliquer l'histoire de l’halluciné; et, dans des cas types, soutenu aujourd’hui par de nombreux psychiatres, l’halluciné présente ainsi sa cause : « Je ne suis pas psycho-moteur, pas systématique, ni paranoïaque ni acouphrène. Je subis soudain des phénomènes étranges, inattendus, épars, incohérents, contradictoires parfois, nés de hasards neurologiques. Sous cette
pression, dites-vous, je délire éperdument et deviendrais apte à affirmer des actions extérieures inexistantes, des voix que Je ne percevrais pas. Mais je ne délire pas toujours, 1l m'arrive même de subir mes nombreux accidents psychiques avec le sourire 7, et, parmi eux, des hallucinations auditives sur lesquelles je suis irréductible, Je ne peux que les enregistrer et les affirmer. Et si je me mets à délirer, c’est leur faute, c’est sous leur action. Je réussis parfois à résister à cette poussée et je ne fais que de l’hallucinose, ou, mieux, juge et critique impartial de ce que j'éprouve, j'écoute et ‘observe des voix que je sais inexistantes. Après examen, Je suis contraint d'affirmer leur sensorialité, leur matérialité, et leur quadruple indépendante de mes idées fixes (si J'en ai), de mes images les plus vives, de mes impulsions orales, et des bruits, objectifs ou subjectifs, qui pourraient les soutenir ou en provoquer l'illusion. Quand les voix s'élèvent tout se tait, Délirant, aliéné, interné, j'ai, pour régler mon comportement sur mes voix (soi-disant irréelles) exactement les mêmes raisons qu’allèguent les prétendus normaux pour conformer leur conduite à leurs perceptions. Ils contestent que des voix me parlent; ils contesteraient en vain que je les entends. Les grands mystiques disent : ce n’est pas le Christ qui a parlé ; nous l’avons cependant entendu. Il serait aussi vain de diriger des subtilités contre mes visions et locutions d’halluciné que contre les images virtuelles.
« J'exagère souvent, je reconnais que mes perceptions alléguées dépassent les données perçues ; à propos de bruits réels, d’impulsions phoniques, d'images, et même à vide, je me laisse aller à l’acouphrénie que vous avez dénoncée. Maïs ces excès soulignent le pouvoir de suggestion de l’hallucination, ils ne prouvent pas son inexistence, Elle se fait centre de vastes délires, elle en colore la masse et veut imposer sa forme à d’autres états; mais, sous prétexte qu’ils se font passer pour elle, il ne faut pas la méconnaître ellemême quand on la rencontre. Dans l’analyse de vastes groupes de faits sensibilisés par l’hallucination, on peut parfois nier la nature hallucinatoire de presque tout, et ne plus trouver qu’un résidu hallucinatoire insignifiant. Mais
17. Courbon et Caiïillaux. Soc. de Méd. Ment., 20 janvier 1930.
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c'est une insignifiance seulement quantitative, et c’est ce soi-disant résidu qui fait la vie et la forme de tout le reste ».
XIV. — Reprenant sa critique sur un nouveau terrain, Noéphème va se servir des HALLUCINATIONS PSYCHIQUES, des PSEUDESTILÉSIES, contre les hallucinations tout court.
Des voix et visions ne sont pas entendues, ne sont pas vues, mais ne sont pas des imaginations auditives ou visuelles ordinaires, ne sont pas non plus des inspirations ou des intuitions ; et souveraines comme des objets perçus, n'ont cependant pas le je ne sais quoi d’immédiat et d’absolu qui fait la perception sensorielle et le perçu. Chacun a assisté, avec le sentiment d’être passif, à ces constructions, imaginatives et non sensorielles, maïs automatiques, instantanées, cohérentes, complètes, de visages, de tableaux, de scènes, de discours; et chacun sait les distinguer aussi bien de la matérialité des hallucinations que de la spiritualité des intuitions. Incapables de nous représenter volontairement un visage ou un propos, il surgit devant nous ou à notre oreille, tout fait et parfait. Nous ne pouvons pas dire autre chose que je vois, j'entends, mais nous gardons la conscience distincte que nous n’avons ni vu ni entendu.
Or, maint sujet prendrait ces pseudesthésies pour des objets. Des connaisseurs, comme une Thérèse, seraient seuls capables de ne pas s’y tromper et de déclarer imaginatif l’ordinaire des visions et locutiens. Le troupeau des prétendus hallucinés, l’onirique vulgaire, appellerait apparition, discours d'autrui oral et bruyant, précisément ces pseudesthésies.
Des sujets parlent sans paraître s’en douter et prétendent qu'on leur parle; leur prétendue hallucination n’est 'qu’inconscience du monologue. Si je peux prendre les mouvements de ma bouche pour l’audition de la parole d’un absent, encore mieux pourrai-je prendre mes images pour des apparitions. Mes mouvements sont des objets, des perceptions, des choses matérielles, avec la plus puissante originalité sensorielle. Bien moins défendues contre la confusion avec des objets seront mes images, toujours plus ou moins indécises, fantomatiques, ambiguës, sans arêtes
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et sans poids, moins capables de résister aux lourdes affirmations de l’état onirique.
Plus facile encore sera la chute à « j'ai vu, j'ai entendu », quand les images, vives ou non, nous feront sentir notre automatisme et nous feront croire à notre passivité, quand, sans cesser d'être images et sans toucher à l’état de perceptions, elles dessineront pour nous, sans nous et même malgré nous, des ombres d'objets ou de discours. Alors « objets psychiques mais non spatiaux », leur prétendue objectivité sera pourtant affirmée spatiale, tant 1l nous est difficile, quand nous n’avons plus tous nos moyens, d’arracher nos états psychiques à la forme de l’espace; tant il est plus simple de tomber à « j'ai vu » que de sentir l’anesthésie d’une image, tant, entraînés par les intérêts du rêve et de l’état hallucinatoire, loin des exigences de la veille, nous négligeons les distinctions élémentaires et laissons aisément l’espace envahir toute la vie psychique. Alors les voix, au timbre exquis ou tonnantes, oublient qu’elles sont sans bruit, et les visions, quasi palpables, oublient qu’elles ne sont que des quasi-visions, Tout occupé à vivre la situation onirique, et aux prises avec des images que le vocabulaire philosophique permet d'appeler images perçues, le sujet en fait des perceptions sensorielles et des objets extérieurs, encore plus complaisamment qu'il ne détachait de lui, pour en faire des discours d'individus invisibles et lointains, ses propres mouvements phonatoires.
Ces impulsions phonatoires tentent même de compromettre les locutions imaginatives après les locutions sensorielles. Seglas a isolé les monologueurs des hallucinés psychiques de Baillarger; et nous avons vu la mère d’une malade à « voix intérieures » nous dire de sa fille : « elle faisait les demandes et les réponses, elle parlait comme si elle avait été deux ».
Les pseudesthésies n’embarrassent pas Opsiphile. Il reconnaît leur existence et n’y voit aucune menace pour les hallucinations esthésiques. Baillarger, quand il a emprunté ses hallucinations psychiques à la Mystique, pour faire leur fortune psychiatrique, les a opposées aux hallucinations sensorielles, mais a pris soin de maintenir la spécificité de
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celles-ci, et n’a pas été tenté de les annexer aux pseudesthésies qu’il venait de découvrir.
Il est très vrai, et nul ne le nie, que maint sujet, tout à l’objet et s’écriant « je vois », présente et prend ses pseudesthésies pour sensorielles et matérielles, est halluciné par persuasion, par incapacité momentanée de critique, par inconscience de l’anesthésie de ses visions. Mais le contraire est également vrai, et nous avons vu les Mystiques, de Thérèse à sa moindre compagne actuelle, dire « imaginatives », « intérieures », des apparitions et locutions manifestement sensorielles et quasi métapsychiques.
Qu'ils présentent de pâles pseudesthésies comme objets ou dématérialisent en discours intérieurs les hallucinations auditives Les plus formelles, ces sujets sont fort intéressants ; mais d’autres le sont aussi : ceux qui s'avèrent capables, au moment même où ils éprouvent passivement tant de choses venues du dehors, en plein automatisme et en pleine exogénie, d'opérer toutes les distinctions et les plus fines : vision intellectuelle, vision imaginative, vision sensorielle, inspirations, intuitions, sentiment de présence, impulsions, pseudesthésies, esthésies, objets, parole tonnante et sans bruit, doux murmure délicieusement matériel. Ces distinctions, nous les avons vues réussies par les plus incultes, les plus simples, les moins gourmands de curiosités psychiques. Une parole, avec toutes les qualités décrites au son, un visage, apparu devant nous, dans son infinité, peuvent être perçus sous deux natures : esthésique ou eidétique. Je ne sais si l’hallucination psychique n’est qu’une hallucination « potentielle » ou « avortée », ou si elle ne comporte que l’objectivation au moi sans objectivation spatiale I; mais le sujet le plus naïf, même onirique, même délirant, connaît, pratique et distingue plusieurs façons de voir et d'entendre, simultanées et spécifiquement différentes, confirmatives, et non destructives, de l’existence et de l’originalité des hallucinations sensorielles. Y eût-il, entre l’objet et l’idée, une infinité de formes psychiques assimilables à des degrés, cela ne diminuerait en rien la spécificité de chaque note de cette gamme.
18, Maréchal, L. C.; Petit, 1. c.
XV. —— Le scandale de la perception sans objet est tel qu’on ne saurait trop, contre ses prétentions à la réalité, multiplier au moins les critiques. — On a donc proposé, à propos de l’hallucination, d’inverser l’ordre habituel attribué aux faits. Le sujet ne commencerait pas par éprouver des perceptions sans objet pour en affirmer ensuite l’origine extérieure, il éprouverait d’abord ses états les plus intimes comme étrangers et les baptiserait de ce fait perceptions. L'événement primitif serait « le rétrécissement du moi dans l'individu ». Dès lors, les états extra-personnels du sujet seraient affirmés extérieurs et perceptifs par métaphore, de par la simple impuissance à se les approprier, parce que la perception normale (troisième dimension, illusion du correcteur) compterait déjà des aliénations de ce genre, parce que les images extériorisées se posent sur n’importe quelle perception et en empruntent la matériahité, parce que le malade joue avec sa maladie.
À propos de l’impulsion verbale, nous avons résumé des faits qui paraissent adopter cette thèse; mais nous avons dû avouer qu’ils ne sont pas la règle. Au contraire, la plupart des sujets peuvent attribuer à l’action du dehors des états endogènes et internes sans les dire perceptions; la plupart disent et paraissent ressentir d’abord des perceptions sans objet, et les mettre à l’actif du dehors parce que perceptions. D’après les malades les plus naïfs, les plus dignes de foi, c’est la qualité hallucinatoire qui est primitive, immédiate, donnée, qui entraîne le sentiment d’automatisme et qui permet le délire d'action extérieure.
La paranoïa, maladie des hautes activités psychiques, paraissant incompatible avec les hallucinations, on a tenté, pour y montrer leur inexistence, de grouper certains malades. Ils sont très indifférents à la logique vulgaire, ivres de symbolismes, capables d'identifier des choses fort différentes et de réaliser « des unions monstrueuses » entre les êtres psychiques les plus spécifiquement différents; ils sont prêts, comme le primitif, à affirmer des présences avec une merveilleuse facilité. Nous l’avons vu, ils captent des paroles orales par les mains, sentent dans la bouche des poisons parlants, reçoivent, au fond de l’asile, les coups de
marteau du serrurier voisin et des balles de revolvers silencieux, ont dans le ventre les doubles mystiques d'armes que l’ennemi garde dans ses poches, entendent, à la lettre, parler les odeurs, et, sans « symphonie », sans rien des synopsies, voient des sons. Propres à toutes les affirmations possibles et impossibles, ils subiraient justement des états irréductibles à « nos façons normales de penser et de sentir », et ils s’en tireraient précisément par l'union monstrueuse la plus intéressante ici, celle du noétique et de l’esthésique.
Parfois, penser et entendre s’identifient en eux, « forment un concept unique auquel correspond une réalité unique », et la perception redevient l’idée confuse Cartésienne, l’idée devenant perception obscure, Mais le sujet, fidèle aux vieilles distinctions et incapable de la difficile conscience de cette vague et peut-être primitive unité, découpe arbitrairement des hallucinations dans ses états neutres.
D'autres fois, perception et idée ne forment pas « une réalité unique », et le sujet les distingue toujours, ou peut toujours les distinguer ; mais cette distinction ne l’intéresse plus; il fait de ses pensées des signes de présences extérieures, il revêt le discursif et l’abstrait d’un verbalisme hallucinatoire.
Nous avons déerit de tels malades; et les cas classiques cités au chapitre XV se trouvent ainsi rejoints par les nombreux faits où la prétendue perception sans objet n’est qu’inconscience d’autre chose, recours à un moyen élémentaire d'exprimer une réalité fort différente de la perception.
Nous avons dû pourtant répéter, à propos des malades: de M. Blondel comme des autres, que la foule des hallucinés ordinaires et moyens, simples, naïfs, précis, directs, fait bloc contre nos subtilités. Ils ne cherchent pas à reprendre les faux hallucinés qu’on leur a pris; ils se félicitent au contraire d’en être débarrassés, 1l ne veulent rien avoir de commun avec eux. « Vous compliquez sans raison, disent-ils, notre psychologie. Nos hallucinations les plus savantes sont des éléments, des données; elle ne sont pas encore du délire, elles sont les matériaux du délire, éléments, matériaux, données dont nous ne pouvons
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que constater d’abord l'existence. Vous découvrez parfois dans votre perception, votre compréhension, votre exécution d’une phrase, d’un ordre, un automatisme, une passivité qui ne vous laisse pas le temps de parler de jugement, d'interprétation, de critique ; vous vous sentez parfois aussi bassement perceptif devant un discours que devant l'être sonore ou lumineux le plus élémentaire. De même nous, hallucinés, devant nos perceptions sans objet; nous pouvons les comprendre où ne pas les comprendre, les interpréter bien ou mal, en faire ou non un délire; il faut d'abord qu’elles nous soient offertes, qu’elles soient. — Vous nous opposez des exemples vraiment inattendus : perception de la troisième dimension, perspectives ambiguës, illusion du correcteur... Ce sont des perceptions, on s'accorde à le reconnaître, et, chargées de notions ét perceptions acquises, ce sont pourtant des perceptions tout court, au sens étroit, au point même de nous rendre plus passifs, plus perceptifs que ne font les plus inipérieux objets. Saturée d’intellect, une perception reste sensorielle, et la constatation « je vois du rouge », quand elle est légitime, n’est pas plus perceptive, n’est pas plus sensorielle que lés couleurs, lignes, modelés, visages et discours de nos hallucinations, y compris les plus psychogènes et les plus dénuées de prétextes périphériques.
L'halluciné ne cesse de crier : j'ai vu, je sais, je suis normal, ma certitude est formidable. C’est précisément cette frénésie qui est suspecte.
Si l’opsiphile et le noéphème voulaient dialoguer, ils n’étudieraient pas successivement, comme il a bien fallu le faire ici, dés formes de l’hallucination. Ils se sont rencontrés sur divers terrains, mais, partout, leur discussion a eu la même physionomie et ils ont employé les mêmes arguments. Qu'il s'agisse d'illusions du correcteur, d’opsiphonie, de métesthésie, d’eidétisme ou de malades, on a d’abord voulu substituer à l’hallucination certains équivalents, toujours les mêmes.
Pour des raisons inconnues, soit parce qu'il ne peut plus concevoir ses états noétiques tels que la maladie les a faits, soit parce que son délire lui fait décider « objectif » du
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« subjectif », soit plutôt pour des causes neurologiques dont naîtra une psychologie imprévisible, le prétendu visionnaire porte en lui une volonté de percevoir des objets et il affirme d’inexistantes hallucinations à tout prix, par tous les moyens, simples ou subtils. De simples exagérateurs décrivent une scène où ils n’ont vu qu’une ombre. Dans les délires rétrospectivement ontriques, le sujet, qui n’a pas été hälluciné, racontera qu’il l’a été. Très souvent, et avec des procédés fort variés, une perception objective est le prétexte de l’affirmation hallucinatoire ; un souffle à été indiscernable d’un son de cloches, même avec application ; un faible murmure réel — inaperçu comme tel — est pris pour un tonnerre. Et ces perceptions, plus elles sont pauvres et près de se dématérialiser, plus elles obtiennent du rêveur, éveillé ou endormi, l'affirmation de l’infinie richesse : devant un cube nous voyons bien peu, devant son schéma géométrique nous pensons voir déjà beaucoup plus, devant l’image consécutive de ce schéma, c’est-à-dire presque rien, nous imaginons énormément de choses et, rêvant, nous les affirmons de la perception. Celle-ci, post-image et non plus « objet réel », péüt aisément être ignorée en tant que post-image, son objet peut-être méconnu et, dans un métesthème vaguement cruciforme, nous aurons « vu » le Christ.
Ce ne sont pas seulement des objets ambigus, dés métesthésies ou des sons effectifs que le malade appelle vision ou voix. À peu de frais, il transpose d’un sens à l’autre; 1l fait ainsi des « voix » avec ses impulsions verbales. I] ignore son murmure oral én tant que tel et en fait une voix tonnante. Il associe bizarrement ses impulsions phoniques aux bruits extérieurs et, ignorant ou répudiant ses impulsions, dans tous les bruits, il entend des discours; niant, avec ses impulsions, les bruits réels, il ne veut connaître que des « voix ». Inconscient de sa parole et la prenant pour une étrangère il sera incapable, guéri, de retrouver, sous le souvenir de la voix écoutée, la réalité motrice qu’il n’a pas connue et il soutiendra, définitif, « j'ai entendu un tel ». Il peut même, souvent, conscient de sa parole, la nier et, la percevant bien, la nommer irréductiblement « voix étrangère », lointaine. Il écoute, il a tout le comportement hallucinatoire, et nous découvrons les perceptions correctes qu’il
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baptise « voix » ou hallucinations. Ses perceptions correctes, ses impulsions orales évidentes, il les nie, il veut être halluciné.
Tombé à l’état perceptif, il profite donc des ambiguités du réel pour faire de prétendues hallucinations ; et ce ne sont pas seulement des objets, impulsions motrices, images naturelles ou métesthèmes, tout cela pauvre et simple, qu’il appelle scènes ou discours; il emploie ainsi de simples images; et les pseudesthésies, au prix d’un léger changement, non dans l’image mais dans le sujet, sont appelées perceptions, objets.
Délire et Paragnosie, à force de faire reconnaître n’importe quoi dans n'importe quoi, conduisent aux extraordinaires acrobaties pseudo-hallucinatoires de l’acouphrène et de l’anasognosique. Le premier, quand il généralise son système, appelle voix extérieure étrangère et matérielle jusqu’à sa plus normale, personnelle et volontaire pensée. Le second, l’aveugle inconscient de sa cécité, spontané, naïf, aussi éloigné du système délirant que de la perception, est capable, sans perceptions, sans hallucinations, sans images, rien qu'avec des mots, et même sans mots, de dire « je vois comme vous ». Le commencement de cela, nous l’avons vu chez le simple psychasthénique, lorsqu'il sent la parésie de son imagination le soumettre à ses perceptions ambiguës, à ses post-images méconnues, On ne peut pas ne pas rapprocher de ce prédélirant le prétendu hallueiné qui a tout vu et tout entendu, qui se rappelle tout et qui ne peut rien rapporter. Et le noéphème se demande si l’art de romancer objets, métesthésies, phosphènes et acouphènes ambigus et d'attribuer à un sens ce qui n’est pas à lui, si des impulsions phoniques et autres, si l’inconscience enfin de ne pas voir, de ne pas entendre et de ne pas imaginer, si un vaste système de substitutions, de mouvements et d'illusions négatives, ne pourrait pas, partout et toujours, remplacer la vieille hallucination et détruire cette encombrante idole.
Tout ce que peut concéder Noéphème, c’est (au delà des objets et métesthésies), les phosphènes et autres sensations endogènes de quelque complexité, grands dessins géométriques des intoxications, étranges opsiphonies, perceptions
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idiotropes, hallucinations objectives ineffables, sur lesquelles le sujet délire comme devant un objet ambigu, et dont 1i fait les prétendues hallucinations qu'il affirme objets familiers, fleurs, visages, scènes, discours.
L’opsiphile, à chaque objection, abandonne un groupe d'hallucinés; mais 1l croit en ceux qui lui restent et contre-attaque partout.
II prend acte, lui aussi, de concessions : l’œil crée la lumière, lumière objective, virtuelle, métesthésique, photopsique, omirique, c’est toujours de la perception de lumière; om accorde les métesthésies complexes et les grandes opsiphonies compliquées, et c’est beaucoup; il est monectera les faiblesses, les manques
-rntaines