QUALITÉ ET QUANTITÉ
ne craint pas de s'exprimer ainsi : « la théorie de la différence de degré ne peut se défendre sérieusement, et il est superflu de lui donner le coup de grâce » !.
De l’autre côté de la barricade, on n’est pas moins vif, et dans la célèbre discussion de 1855-1856, à la Société Médico-Psychologique, les deux partis ont abondamment échangé leurs affirmations sans résultat. « Au propre et sans figure, disait Peisse, la représentation d’une qualité sensible est une sensation » ?, se représenter une couleur, c’est la voir; un son, c’est l’entendre. « Les deux faits, disait au contraire Baillarger, me paraissent séparés par un espace infranchissable, il y a là une différence essentielle, radicale, que rien ne peut effacer, il n’y a entre ces deux phénomènes nulle gradation possible » *. Et cette ardeur est d'autant plus intéressante que Baïllarger venait de décrire, entre l’hallucination sensorielle et l’image, le chaînon intermédiaire, le passage de l’hallucination psychique.
Malheureusement pour eux, les partisans de la différence de nature ont trop souvent voulu la définir, bien que rien ne les y oblige. Il leur suffit de dire, par exemple : la sensation de vert a quelque chose de positif qui la fait sensation; et l’image de cette sensation, outre qu’elle est dépourvue du caractère sensoriel, possède à son tour un caractère différent, et non moins positif, un quale qui la fait image, Entre un angle droit, un angle aigu et un angle obtus, entre 10°, 45° et 75°, il y a du qualitatif, et de l’infranchissable ; entre midi, une heure, deux heures, trois heures, il y a des différences spécifiques, entre l’Est et l'Ouest, entre les points de l’espace dit homogène, entre 1, 2, 3..., entre 15 et 17, il y a des différences de nature, et il n’est pas nécessaire d’être un primitif pour le sentir et le savoir, et il n’est pas nécessaire qu’on cesse un jour de le percevoir; malgré la science et le verbalisme de la quantité, on peut ne pas oublier l’abîme qualitatif qui sépare deux quantités voisines, aussi bien que le rose du
1. Müller Freienfels, Zeitschr. f. Psych. 60, 382, in Stumpf, Empfindung u. Vorstellung, Abh. d. Preuss. Akad. d. Wiss., Phil. KI., 1918. — 9. À. M. P., 1845, 544-547, — 3. 1bid., 1856, 198. — 4. Boris Sidis, The doctrine of primary a. secondary sensory Elements, Psych. Rev., 1908, 44-68, 106-121.
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