LA DIFFÉRENCE DE NATURE : INEFFABLE
mauve et la perception de l’image. Visible à tous, malgré tous les pièges quantitatifs, quand il s’agit d’une couleur et d’un son, de deux couleurs, de l’écarlate et du carmin, aussi évidente qu'ineffable et victorieuse des transitions, des passages et des confusions quand on oppose deux objets ou deux sensations, la différence de qualité est aussi claire et n’est pas moins confuse quand sensation et image se font face.
Pour avoir voulu percevoir, toucher et définir l'émotion, James l’a perdue dans ses concomitants sensoriels et viscéraux, et 1l à fallu que ce soient précisément les physiologistes qui la retrouvent. C’est pour vouloir toucher l’image qu'on semble fatalement amené à la confondre avec ses antécédents et ses dessous sensoriels et moteurs °, et nous avons déjà vu les Cartésiens se plaindre de cette répugnance pour ce qui ne se palpe pas, et pour les réalités supérieures que seraient les images et Les idées.
Ces confusions fournissent à leurs auteurs les plus singuliers résultats, Stumpf6 n’a ou n’aurait nulle peine à effacer une à une les différences nommées et décrites entre sensation et image ; 1l lui serait aisé de montrer qu’on ne peut trouver à l’une aucun attribut qu’on ne le découvre aussitôt dans l’autre; et on pourrait lui accorder d’avance qu’on ne décrira et ne définira pas la différence de nature. Mais il ne peut pas davantage réussir à préciser, sinon mesurer la différence de degré. En matière de son, dit-il, d’affaiblissement en affaiblissement de l’intensité objective, quand on est au-dessous du seuil de la plus faible sensation de son, ou du plus faible son perceptible, alors commence une nouvelle échelle de sensations auditives, celle des sons représentés. Le souvenir d’un son de 105 ergs est une sensation répondant à un son de 105 ergs ; la sensation auditive de 10-15 ergs, un son si faible ne peut l’engendrer, c’est la sensation de 10% ergs qui la provoque, et on l’appelle représentation ou image. Le son 105 a ses sensations, mais il a aussi ses souvenirs, qui seraient, avec Stumpf, les sensa-
5. Watson et les divers Behavioristes, quand ils s’efforçaient de remplacer toutes les images par des sensations faibles et surtout par des processus sensori-moteurs laryngés verbaux. Behavior, 174, et Journal cf
Phil, Psych. a. Scient. Meth., juillet 1923. Cf. Russell, Analysis of Mind, trad. franç., 150-151. — 6. L. c.