‹ Études sur l'hallucination: II La cliniqueChapitre 83 sur 422 · LES IRRÉDUCTIBLES. PROVISOIRES. DÉFINITIFS · texte numérisé non relu

LES IRRÉDUCTIBLES. PROVISOIRES. DÉFINITIFS

ni nommer, et cette forme mal perçue a accepté le mot que j'ai prononcé. Mais, je le reconnais, ce que j'ai fait ou lu n’est pas ce que J'ai vu ».

Telle est la distinction à laquelle on peut le plus aisément amener la naïve irréductibilité initiale. Mais le critique le plus méfiant apprend qu'il n’est pas à l’abri de l'illusion irréductible. Quelquefois, rarement, il éprouve en lui-même une résistance presque douloureuse quand :1l veut se persuader qu’il n’a pas vu. « Là, dit-il, dans tel exemple, je n’ai pas libéré un système de mouvements naissants, je n'ai pas eu une conduite ou un comportement; jai vu, parfois vaguement et incomplètement, d’autres fois jusqu’au dernier détail, quelque chose qui n'existait pas. Bien plus, mes prévisions, mon comportement, ce que j'étais prêt à lire et à voir, était parfois tout autre que ce que J'ai vu. L’hallucination a été à ce point sensorielle, esthésique, neurologique, objet, qu'elle a triomphé de toute ma conscience, et au moment où ma critique se croyait le mieux armée ».

Quaud je lis, très vite « exigences incompatibles », et quand j'ai lu naïvement, pour lire, non pour voir, je réponds au psychologue qui m'interroge : « J’ai vu, d’un seul coup et très nettement tout ce qui était écrit, J'en ai pris une sorte d’instantané mental, complet, clair et distinct, très supérieur à une « forme générale » du mot, à un « schéma » ou à un groupe de « traits caractéristiques ».

Après les explications du psychologue, quand je lis — pour voir, cette fois-ci — « Incompatibilité d'humeur », je retrouve mon instantané mental; mais combien changé! à peu près complet, et toujours clair, mais indistinct et confus, avec des incertitudes de détail un peu partout, sauf pour quatre ou cinq lettres très nettes, n'importe lesquelles, « patib », par exemple.

Je fais maintenant introduire des erreurs dans les mots qu'on m'impose. Si je lis naïvement, pour lire et non pour voir, je lis très souvent le mot probable au lieu du mot réel, et je réponds au psychologue : « J'ai vu le mot probable, l’instantané mental a été très net et il était fait de mes images du mot beaucoup plus que du mot réel ».

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