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OBJET PRÉSENT : MATIÈRE DE TOUTE HALLUCINATION

Quand je vois une salamandre dans des flammes, peutêtre peut-on soutenir que je projette une image vive dans un objet complaisant. Mais si le whisky ou le tabac se font vecteurs du goût ou du parfum de la fleur d'oranger, l’hallucination se fait ici par différence, par contraste plus que par analogie et confusion ; perception, elle diffère qualitativement, spécifiquement de la perception qui l’appelle ; elle ne s’incarne pas en celle-c1; l’accompagnant ou la masquant, elle prend forme et vie, non dans et par l’objet présent, mais contre lui; elle est création par l'esprit d’une perception, c’est-à-dire d’une matière, à partir d’une pure idée, et sans autre aide extérieure que des occasions, des guides ou supports effacés, des repoussoirs. — C’est la thèse du rêveur, c’est la thèse de l’halluciné qui peuple de visions une boule de cristal, un point brillant ou une image consécutive; et nous allons voir la forme extrême de cette théorie.

L’halluciné vient de dire : « Quand je vois, ce qui s'appelle voir, la salamandre dans les flammes, mon phantasme n’est pas fait d'une heureuse rencontre des torsions du feu ; il est fait avec rien, rien de plus que mon idée retournée à son état originel de perception, et vue à travers les flammes. Donnez-moi n’importe quelles sensations visuelles et je vous ferai n'importe quelle vision, aussi différente que vous voudrez, en qualité et en quantité, des perceptions que vous m’aurez fournies ».

On est naturellement tenté d’opposer à cette prétention les hallucinations visuelles des aveugles, qui n’ont pas besoin, eux, d’une sensation visuelle « réelle » pour faire une vision. Mais la réponse de notre halluciné serait trop facile. — « Déjà, dirait-il, le voyant, quand il voit ce qu'il appelle un homme ou simplement une tache rouge, construit, à propos de quelque inconnaïissable ou d’un vague éther, un édifice psychique infiniment différent de la « réalité » ; et on peut déjà soutenir que celle-ci n'apporte que l’excitant, l’occasion, l’étincelle; toute la perception, matière et forme, étant faite par l'esprit. Quant à l’aveugle, pareil au voyant, sa vision à aussi pour occasion des sensations visuelles; mais, au lieu de lui venir d’objets éclairés ou lumineux, elles naissent de l'excitation de ses voies

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