SUPPRESSION DE LA MATIÈRE
nulle logique de l’espace ne commande enfin à un corps de n’occuper qu’un lieu à la fois 6.
Le mouvement n’est pas, comme on l’a cru, une substance, un concret.
Sa relativité est formidable et un ange physicien ne saurait dire son sujet. #2 n2hil inest in motu quam respectiva mutatio, sequitur nullam rationem dari cur uni rer potius quam aliis ascribi motum oporteat cujus consequens erit « motum realem esse nullum »7T.— Loin de /a chimère du mouvement pur, il faut un corps mobile, et, dans ce sujet, des tendances, des forces, qui distinguent à tout instant le corps en mouvement du corps au repos 8. l'out le réel du mouvement, tout ce qui fonde sa perception est dans le mobile... et celui-ci va s’idéaliser.
Les lois du mouvement le spiritualisent déjà; non les fausses lois cartésiennes, mais ses vraies lois, étranges, imprévues, qui font parler sans scandale de son irrationalité%. Pour comprendre que tout mobile n’entraîne pas tout corps au repos sans perte de vitesse, ou que les vitesses de corps qui se heurtent ne se composent pas algébriquement, il faut admettre que les lois du mouvement pourraient être autres qu’elles ne sont, ne sont pas nécessaires, ne sont pas tout à fait démontrables; il faut rattacher leur rigueur, non à la nécessité, mais à la convenance, au choix de la Sagesse parmi les possibles, au principe de la création du meilleur. Si, dans un choc, les vitesses ne se composent pas selon une «brute » algèbre, c’est qu’il serait contraire aux besoins de l’esprit qu’il y ait plus dans l’effet que dans la cause et que quelque chose naquît de rien, c’est que les lois du mouvement sont celles de perceptions 1.
Les corps sont spontanés, contingents et libres; il faut céder au surprenant mais inévitable sentiment de leur spontanéité !. Nous verrons que l’action entre âmes et corps est inintelligible, donc impossible, les corps et les âmes suivant chacun leurs lois sans interagir. Nous verrons aussi que toute âme déroule spontanément, sans que des corps ou d’autres âmes s’en mêlent, la série de tous ses états, jusqu'aux plus passifs, jus: qu'aux douleurs. — Quant aux corps, s’ils existent, leur interaction n’est pas moins inintelligible et impossible.
Le physicien, c’est son métier, décrit des statuum successiones et parle comme si les corps interagissaient. Maïs jamais une boule n’a poussé l’autre, un corps ne pâtit au choc d’un autre qu’en vertu de son propre ressort, le mouvement de tout point se fait dans une ligne que ce point a prise une fois pour toutes et que rien ne déformera. Ce n’est pas par le choc, pas même à
6. Nouveaux essais, G., V, 213; à Clarke, G., VII, 402; N. E.; G., V, 482. — 7. Essais, G.; V, 482; G., math,, II, 184; Animadversiones.. G., IV, 369. — 8. A Arnauld, II, 69; Eclaircissement des difficultés que M. Bayle.…, IV, 523: à Jaquelot, III, 457. — 9. Foucher, I, 388. — 10. Théod., VI, 43, 319; Tentamen anagogicum, VII, 270-279; Sur ce qui passe les sens et la matière, VI, 497. Même en algèbre, il y a une loi de justice; Tentamen. — 11. Syst. nouv. de la nat. et de la grâce, IV, 478, 484.