LES MONADES
rences #; vrais enfin en tant que résultats de la multiplicité des substances #,
Les substances, — et bientôt les monades — voilà enfin les objets de la perception, qui l’élèvent au-dessus des rêves!
Leibniz réhabilite ce mot de Substance devenu « infâme » 47. On La nie, on n’y voit que mauvaise habitude d’imaginer quelque substrat des idées qui vont ensemble #; maïs Aristote et l'Ecole n’en ont pas moins raison %. Naturellement, il ne faut pas arracher à la substance ses qualités et la chercher dessous. On ne trouverait rien. Elle est le sujet, non le substratum des qualités. Elles décrites, on la connaît 5l. — Au fond, l’idée de substance est claire et notre sentiment d’être une substance suffit à la prouver 5 Demander plus, c’est demander trop, céder au besoin de palper quelque chose.
La substance, que personne n’a définie, est un concret indépendant de tout autre concret créé 8. Et ce sujet individuel des qualités, des attributs, est « quelque chose d’analogique » à notre sentiment et à notre appétit, doit être conçu « à l’imitation de la notion que nous avons des âmes », « répond à ce qui s'appelle moi », et « consiste dans la force » 5%, non la qualité occulte des physiciens, dont les cartésiens savaient se passer, mais la force que nous sentons en nous, dont nous avons la perception immédiate, la force « primitive ». C’est la monade.
Cet atome métaphysique, exact, doué d’atomité, réel, inimaginable et concret, est inétendu et sans quantité. CÜComment, avec lui, faire la matière, les corps, le sensible, le perçu 55?
Ici s’installe le paradoxe de Leibniz, son intuition, le sentiment singulier, « plaisant » mais « inévitable » auquel l’impossibilité de l’interaction l’a contraint. C’est, avec l’idéalité de la matière et l'harmonie préétablie, le parfait isolement de chaque monade, sa parfaite spontanéité, sa parfaite absence de relations avec les autres.
Chaque monade développe d’elle-même toute la série de ses états; en elle, dès sa création, se trouvent les germes, les conditions, les traces de tous ses événements futurs. Esprit, elle formera d’elle-même toute l’histoire de ses perceptions; corps, elle suivrait sponte sua la plus sinueuse trajectoire, ignorant l’apparente influence des chocs et faisant d’elle-même ce qu’exigent leurs lois.
Mondes séparés 5, les monades s’ignorent de toutes les façons,
45. A des Bosses, II, 438. — 46. À Rémond, III, 623; à Bourguet, III, 567. — 41. N. E., V, 296. — 48. À Sophie Charlotte, VI, 510-512. — 49. N. E., V, 201. — 50. Syst. nouv.….. IV, 471-472. — 51. N. E., V, 202. — 52. A Burnett, IT, 247. — 53. A Foucher, I, 384. Ar. et Phil., VI, 582. L'âme, le concret qui pense, n’est pas la pensée. Elle est douée de pensée. À Rémond, LED 656. — 54. Ideae non agunt, mens agit. Sur Spinoza, E., III, 12: I, 150. — 55. Syst. nouv., IV, 473, 478, 482. Phil. et Ar., VI, 590. Massa seu phaenomenon ex mOonadibus resultans; à des Bosses, II, 868. Corpus, machina ex monadibus resultans, ibid., 439. — 56. À des B., II, 444.