LES MONADES OBJETS DE NOS RÊVES
elles n’ont rien qui ressemble à des chocs, contacts et autres liaisons matérielles, rien qui rappelle une connexion, un nexus, un commerce, une action mutuelle, une dépendance réciproque. Elles ne sauraient donc former un espace, s’y étendre, s’y localiser, y prendre masse, impénétrabilité, forme et couleur 57. — Mais les monades « consentiunt »8. Fruits d’un fiat unique, les créatures forment un système unique. Elles sont sans relations entre elles; mais, dans la pensée divine, qui les connaît toutes et qui n’a rien créé sans tenir compte de tout, les phénomènes des unes et des autres s’équilibrent et se conditionnent 5.
C’est cette double réalité : la multiphoité des monades et leurs relations idéales, qui va légitimer notre perception de la matière, donner à ce rêve un objet et faire de ce que nous appetons l'univers matériel l'apparence « ex monadibus resultans ». — Pour que la Matière eût un degré de réalité de plus, pour qu’il y ait hors de notre perception autre chose que des monades, séparées et sans relations, si quelqu'un « tueri velit corpora esse substantias.. ; si substantia corporea aliquid reale est præter monades, dicendum erit substantiam corpoream consistere in unione quadam aut potius in uniente reali a deo superaddito monadibus... si fides nos ad corporeas substantias adigit dicendum erit substantiam illam consistere in 1illa realitate unionali quæ absolutum aliquid (adeoque substantiale) etsi fluxum uniendis addat... Et hoc non erit simplex resultatum seu non constabit ex solis relationibus... sed præterea addit aliquam novam substantialitatem seu vinculum substantiale, nec solius divini intellectus sed etiam voluntatis effectus erit..… S2 abesset allud monadum substantiale vinculum corpora omnia cum omnibus suis qualitatibus nihil aliud forent quam phænomena bene fundata ut vris aut imago ùn speculo, verbo sommia continuata perfecte congruentia sibr 1psis, et in hoc uno consisteret horum phæœnomenorum realitas ®,
Mais le vinculum substantiale ne paraît que pour disparaître ; les monades sont définitivement inétendues, sans espace et sans relations; nul ciment ou éther intergranulaire, interatomique, intermonadique ne vient achever de justifier notre rêve d’une matière étendue.
Leibniz ne renonce pourtant pas tout à fait à mettre dans ses monades une forme éminente de la matière. Il voudrait que son adéalisme satisfit Aristote, le sens commun, et la fori61 en l’identité de la perception et de l’objet. Il prétend répondre à la question pédante et ironique de l'acquisition de l'extension par linextensif et d'un objet par la perception. — En toute monade créée : imparfaite, doit exister un principe de son imperfection, de sa limitation, de sa passivité; c’est, en face de son « entéléchie » ou principe de son activité, un deuxième principe spiri-
57. Ibid., 436-444. — 58. Ibid., 444. — 59. Ibid., 488-439. — 60. Ibid., 435-439, 492. — 61. Théod., VI, 41.