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LES MONADES ÉQUIVALENTS DES CORPS

Dans les monades qui nous donnent déjà « une poussière sans lacunes », 1l y à une hiérarchie, et — langage un peu équivoque — des monades dominantes et des monades subordonnées 7, Chaque monade, subordonnée d’un côté, dominante de l’autre, peut être conçue comme centre d’un système, et chacun est ce que notre perception appelle un corps.

Naturellement, même dans ces systèmes, chaque monade reste spontanée et sans relations avec les autres; mais ces relations existent dans la pensée divine, et on les retrouve — dégradées — dans la pensée des monades douées d’aperception. Et dans chacune des monades que la pensée agrège en un corps, il y à les manières d’être qui légitiment cet assemblage. Quand nous disons : « voici une statue », nous rêvons, et 1l n'y a ni espace ni matière; il ny à jamais que des monades séparées, spirituelles, inétendues et extra-spatiales; mais chacune a les attributs, prédicats et manières d’être qui justifient notre perception et notre mot 68,

Dans cet effort pour accorder son intuition centrale: la monade et l’harmonie, avec l’ Ecole et la Science, Leibniz donne en passant une précision de plus. De monades « séparées », la pensée fait un corps « eo ipso dum monades simul percipruntur » %, et les manières d’être personnelles de ces individus sans relations fondent la réalité des systèmes et des agrégats de notre perception. Mais si une monade ou des monades présentent, à l’instant actuel, les états qui nous permettent de dire : « voici une statue », l’instant d’après, les états de ces mêmes monades ont changé, elles ne justifient plus ces perceptions; et pourtant ces perceptions sont stables. C’est que d’autres monades les justifient encore. Si un corps est quelque chose qui dure, ce n’est pas parce que les monades qui légitiment sa perception gardent la manière d’être requise; c’est parce que des monades se succèdent qui passent tour à tour par la forme voulue. Ce qui est permanent dans les corps, c’est un état que prennent l’un après l’autre des flots successifs de monades, c’est la forme que revêtent des monades successives ; elles fluent sans cesse à travers cette forme, et nous retrouvons dans la métaphysique leibnizienne de l’objet perçu une des affrmations de sa dynamique : les atomes, les corps sont des systèmes de mouvements conspirants. Et la lointaine réalité de ces mouvements est dans les changements psychologiques d’un peuple extra-spatial d’êtres inétendus.

Le perçu, l’univers dit matériel s’évapore en esprits isolés, en monades séparées et sans relations; ces monades ne sont pour rien dans notre perception et toute monade

67. Sur Rorarius, IV, 564, etc. — 68. A Arnauld, II, 92-102. — 69. A des Bosses, II, 517.

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