LA PERCEPTION RÊVE BIEN FONDÉ
est un automate parfait. Il faut pourtant que l'univers soit, comme l'océan, tout d’une pièce, et qu'une harmonie rigoureuse rive la perception à son objet, De ]à la materia prima, la hiérarchie des monades et les monades dominantes, les « exigences » d'extension et de matérialité, les « prétentions » à des diversités matérielles et au découpage en individus corporels.
Voué aux écrits de circonstances, Leibniz a eu peu d'occasions de montrer comment se matérialise l’Univers dans notre perception. Fort de son intuition et du sentiment auquel il fut, dit-il, inévitablement contraint; adversaire, par contre, des idées claires que recommande leur seule clarté, et certain que toute vérité se démontre, il n'aurait pas douté, s’il l’eût fallu, de pouvoir exactement décrire la chute de l’univers spirituel des monades dans la matérialité de la perception. Nous ne croyons pas qu'il l’ait fait beaucoup plus que nous ne l’avons dit, et nous devons nous priver du plaisir d'achever la construction d’un objet devant qui le perçoit.
Nous savons qu’il n’y à ni étendue, ni mouvement, ni matière, et qu'il n’y a que des monades, des esprits. L'aspect que nous leur donnons est notre œuvre et elles ne sont pour rien dans notre perception. Elles sont là cependant, et c’est bien elles que nous connaissons, réelles, présentes et perçues sans fausseté. Notre perception est à la fois parfaitement spontanée et en parfaite conformité avec un dehors. L'étude du perçu nous révèle l’idéalité de l’univers ; mais, dans les manières d’être des monades, nous avons trouvé des raisons de notre perception; nous savons qu’elle est un rêve, mais bien fondé; voyons maintenant le rêveur.