INTRODUCTION XIII
soit plus ou moins sous nos yeux. Il faut que tous les êtres nous soient constamment présents, étant vus en Dieu 17, Arnauld, qui laissait à la perception son traditionnel objet matériel, préférait à cette constante et changeante présence le vieux « sensibile supra sensum non sénlitur »; il constatait que tout objet n’est perçu qu'à condition d'être à une certaine distance du sens; l’objet perçu nous est en quelque sorte « absent ». Nous ne percevons que de l’absent, et, dira Bergson, nous ne percevons que du passé #8.
Le XVIIT, malgré ses lumières et ses médecins philosophes, serait je crois moins original, moins riche; et ses grands maîtres eux-mêmes nous offriraient des ressources infiniment moindres que les Cartésiens. On ne nommera ici que Hume et Berkeley.
Chez Hume, le rouge que je regarde et celui que j'imagine sont identiques, à la vivacité près. Berkeley, chez qui esse est percipi, supprime expressément l'objet matériel, néant hors de la sensation. L'un matérialise l’image, l'autre idéalise la sensation; mais, bien qu'inspirés, comme jadis les sceptiques, par l’hallucination et le rêve, ils n’ont que quelques mots scolaires sur ces énigmes. Hume commence par tout identifier; il avoue que sa différence de degré n’en est pas une, il nous enlève tout moyen de distinguer la sensation de l’image et de ne pas délirer, et, ce qu'il nous fait trouver étonnant, ce n'est pas d'être parfois visionnaires, c’est de ne pas l'être toujours. Degré, intensité, cohérence, tous les critères sont vains et Hume décrit comme sans valeur un signe communément admis de la présence et de l’action d’un objet extérieur au moi :
17. Ibid. Dans l’idéalisme, dira Bergson, toute représentation de l’objet est une partie de sa présence et, en son absence complète, on ne peut se le représenter. Energie spirituelle, 211. — 18. Des vraies et des fausses idées. Matière et Mémoire!