XIV INTRODUCTION
le caractère involontaire de l’état psychique, sa passivité, dirions-nous 1.
Devant le fait incessant de notre immédiate et puissante distinction, il reconnaît et il croit universelle son impuissance à l'expliquer, et il se contente fièrement de nous confier qu’il s’est trompé en réduisant tout à des difiérences de degré, qu'il y a autre chose, et que les états psychiques sont diversement sentis, avouant ainsi obscurément la différence de nature que retrouvera un moment Bergson et que le prestige de l’hallucination lui masquera bientôt 21.
Ne pouvant, dans les limites de ce travail, faire toute l'histoire de l'Hallucination en Philosophie, dire ce qu'ont pensé d'elle les philosophes et mesurer sa part dans la structure et la vie des systèmes, j'ai dû choisir des exemples. Ayant choisi Spinoza, il appelait naturellement Leibniz, et j'ai choisi Spinoza parce que le maître de Taine nous a donné la première philosophie où l’hallucination d'Aristote, de l'Ecole et de Descartes joue un rôle important, clairement et expressément.
Je n’ai pas à m’excuser — cherchant la trace de l'hallucination dans l'algèbre spinoziste et les intuitions leibniziennes — d’avoir été attentif aux doctrines et à leur détail. Pour quiconque a un peu la foi philosophique, les grandes philosophies sont vivantes et d'importance vilale. Aussi l'élément que j'ai choisi d'étudier en elles doit-il être cherché dans toutes leurs parties. J'ai été ainsi amené, à propos de l'hallucination, à propos d'images qui sont des perceptions, et à propos de perceptions qui sont des hallucinations vraies, à une étude spinoziste et à une étude leibnizienne; je me suis vu obligé de résumer
19. Traité de la nature humaine, p. 241 de la trad. franç. — 920. Ibid., 339. — 21. V. infra, le chapitre sur Bergson.