II. — LA PERCEPTION. — SA SPONTANÉITÉ
Quelle mystérieuse solidarité relie perception et perçu ?
Devant ce problème, on est sans cesse « rejeté en pleine mer » !, et Descartes « a abandonné la partie »?, Il faut céder à la contrainte ? et avouer : la perception est spontanée. Chaque individu est un monde séparé“, clos, sans porte ni fenêtre. Il est fermé à toute action du dehors, toute action au dehors lui est interdite; il ne peut donner ni recevoir; tout se passe comme s’il était seul. « Jamais on ne sortira de là » °, Pour passives que soient les sensations, émotions et douleurs d’une âme, elle est leur créatrice unique et parfaitement spontanée. Quelque extérieur, expansif, extensif, efficace au dehors que paraisse un acte de l’individu, il accomplit toute sa destinée dans le sujet sans que rien filtre ou fuse hors de lui. Passif, l’être ne pâtit que de lui-même. Actif, il n’agit que sur lui-même. Ses perceptions ne doivent rien au perçu, et s’il a des hallucinations, ses perceptions en seront une variété.
Cet isolement est lourdement méconnu. On sait « avec quelle force on a soutenu que l’âme est purement passive à l’égard des sensations, des idées, des sentiments...», des volitions mêmes, car... « les mêmes raisons qui prouvent que l’âme ne forme pas nos idées... prouveraient qu’elle ne peut former nos volitions ». On croit être décisif en disant : pour faire une chose, il faut savoir la faire; or nous ne savons pas comment se forment nos idées et nos volitions; ce n’est donc pas nous qui les formons 5; la matière fait nos sensations, un vous éminent nos pensées.
C’est entendu, nous pensons sans savoir comment; mais la goutte d'huile qui s’arrondit n’a pas besoin de savoir avant de faire et ne doit pas son acte au milieu, Si le bloc de marbre de l’Ecole n’a qu’une aptitude passive à devenir cuvette ou Dieu, le gland devient chêne par une puissance active, le fœtus se dessine par « un instinct », et nos per-
1. Syst. nouv… IV, 483. — 2. Ibid. — 3. Ibid., 484. — 4. À des B., II, 5%. — 5, Le Roy, Rev. de Métaph. et de Mor., 1907, 488-495. — 6. Théod., VI, 354-357.