LA MONADE EXPRIME L'UNIVERS 9F
que nos perceptions représentent et rejoignent un univers; nous affirmons qu'il les fait avec nous et qu’elles nous viennent de lui.
Cette foi est partiellement fondée. Notre der est solidaire d’un objet; elle traduit et exprime un monde extérieur, et 1l faut lui reconnaître ici deux propriétés.
La monade, simple, se fait des états complexes où se fondent des multitudes de parties; et ces multitudes internes, condensées dans l'unité de la monade, sont l’expression des multitudes externes en lesquelles se disperse la matière ?!; cette expression du dehors par le dedans, du multiple par le simple, est une perception quand il y à, entre elle et l’objet, un rapport réglé, celui qui unit une figure à ses perspectives, si différentes qu’elles soient de l’original ?,
Le coup de bâton au chien, la piqûre au nourrisson ne sont pour rien dans leurs cris. Qu’on retrouve comme on pourra la série psychique qui conduit ici du plaisir à la douleur, mais qu’on n’y introduise pas bâton, nerf et cerveau. Le chien va donc souffrir quand il n’y aurait pas de bâton? # Pas du tout, et le bâton, la puce sont ici indispensables, Dieu aurait pu donner à une monade des perceptions étrangères à l’univers extérieur; il pouvait même réduire la création à cette monade; il pouvait ne créer qu'une substance, ou des substances qui n’auraient eu, même dans sa pensée, aucune espèce de relations #. II ne l’a pas fait. S'il n’y avait qu’un point, Dieu le laisserait au repos ou à un mouvement rectiligne et uniforme. S'il n’y avait qu'une monade, Dieu la laisserait à un sommeil sans rêve ou à une perception unique et invariable. Pourquoi nos changements — spontanés — exigent-ils un univers extérieur sans qui ils ne seraient point ?
En voici la raison, unique et suffisante, supérieure à la logique pure, née du principe de raison suffisante, et mère, à défaut de la certitude métaphysique, d’une certitude morale. Il ne convient pas de croire que nous soyons seuls et constituions tout l’univers. Dieu a voulu qu'il y ait plus
21. A la pr. Sophie, VII, 549. — 99, A Arnauld, II, 112. — 93. Eclairc. des diff., IV, 517-519. — 94. Ibid. :