PERCEPTION DE NOTRE CORPS
ception s'éveille quand cet objet est là, existant et présent; et, dans une plus secrète harmonie, l’objet de la perception est bien son objet; ces hétérogènes sont parfaitement accordés, la perception est l'expression de l’objet.
Cette connaturalité n'empêche pas une cruelle relativité. C’est qu'entre le perçu et nous se glisse un obstacle, intermédiaire et organe de notre perception : le corps.
Nous savons comment la monade, esprit pur dans un monde où tout n’est que purs esprits, monades, arrive à percevoir des corps. Notre âme est une vue de l'univers et on peut lui assigner un point de vue sur l’univers, la comparer à un point, placé ici ou là. Sa perception est spontanée et interne, mais, du fait de l’harmonie universelle et de la forme spatiale de la perception, tout se passe comme si l'âme, centre du monde, percevait, recevait, collectait, exprimait l’action de tous les points de l’univers. Notre âme est une monade « dominante » et ses perceptions expriment plus spécialement un système de monades « subordonnées ». Dans notre langage d’halluciné nous appelons ce système notre corps, et c’est une masse, que limite une surface plus ou moins nette, au delà de laquelle s'étend l’univers. Celui-ci est plein, et tout s’y transmet à tout. Notre âme le perçoit à tout instant tout entier, mais toute action lui parvient après avoir traversé les zones intermédiaires et, dernière de toutes, notre corps. Une action, en traversant l’interposé, subira des traductions, et c’est la dernière que je percevrai, celle que l’action extérieure subit en traversant mon corps. Au fond, je ne percevrai pas les actions extérieures, mais les événements de mon corps. Mais les événements de notre corps sont la suite des événements extérieurs ; ils les traduisent, et dans la mesure où la traduction cérébrale des choses du dehors les enveloppe et les révèle, notre âme les perçoit.
En langage monadique, percevoir le soleil signifie que l'âme se fait, de sa propre substance et dans son parfait isolement, l’état interne appelé perception du soleil. Au dehors, il n’y a pas de soleil, il y a les autres monades, sans relations entre elles et avec nous, chacune avec ses propres états, spontanés et internes. Mais tous ces événe-