‹ Études sur l'hallucinationChapitre 13 sur 366 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

des thèses métaphysiques et psychologiques en rapport seulement indirect avec mon sujet; j'ai même dû présenter quelquefois des interprétations non communément admises.

Le saint géomètre, tout au souci de conduire l'homme, par axiomes et théorèmes, à la vertu et à la béatitude, se souciait peu de découvertes psychologiques et visait à être beaucoup mieux qu’un savant. Mais, pour acquérir sainteté et béatitude, il ne connaissait qu’un moyen : percevoir et penser le plus possible et rien que rationnellement. Et c’est ainsi, en faisant la science de l'âme et de la nature, qu'il fut amené à une théorie de la perception, de l’image et de l'hallucination.

Son intérêt est naturellement tout historique, mais on aurait tort de n’y voir que le modèle de la théorie de Taine. Elle vaut infiniment plus : passée dans le domaine public en tant que travail sur l'hallucination, elle est restée vivante et personnelle en tant que trait du spinozisme. Spinoza l'utilise en effet dans toute son œuvre psychologique, morale et métaphysique : pour montrer la structure de l'âme, pour expliquer le détail et la marche du mécanisme des passions, et même pour nous faire voir comment on parvient à la vertu, à la liberté, à l'amour de Dieu et à la conscience de l'éternité.

L'hallucination va avoir en spinozisme une importance d'autant plus grande que la perception traditionnelle y est tout simplement impossible. Elle l'est si bien que Spmoza appelle l'acte qui a lieu quand un objet se présente au sens non pas « sensation », mais imagination (E., II, 17; Sc., 40; Sc., 2; IIT, 12, 18). On ne peut percevoir que soimême, et la perception en laquelle nous avons foi est impossible parce que deux êtres, quels qu'ils soient, ne

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