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III. — LES IMAGES : a) LES TRACES

L’AME LEIBNIZIENNE N'OUBLIE RIEN. — Vive ou petite perception, l’unique, le répété, le faible, le fort, tout le passé se conserve, laisse des traces et pourra revivre.

Des traces dans l’âme! Inétendue, indivisible, simple, il est déjà surprenant qu’elle ait des perceptions complexes et change ; comment tiendra-t-elle registre 1 ?

La difficulté naît de l’infirmité de notre imagination, et on serait fort en peine pour montrer en quoi le fait du souvenir choque la raison. Le centre du cercle contient à sa manière la circonférence et les rayons, en renferme la condensation, la représentation, la trace. Cet exemple s’applique ici : le présent, chargé du passé et gros de l’avenir, contient « ce que j'appelle les traces du passé et du futur »?, dans lesquelles un esprit pénétrant pourrait lire. — La monade, l’âme, contient continuellement la raison de tous ses états. Un point d’une courbe ne nous dit rien de ce qui précède ou suit; avec un point quelconque de l’histoire d’une monade, on pourra toujours reconstruire toute la série; chaque instant y offre de quoi retrouver tout le reste, les traces enfin de tout l’avenir et de tout le passé.

La trace psychologique, inétendue et non figurée, n’est pas impression mais « expression »3 de l’état passé; c’est un état présent, présentement très différent de l’état passé, mais lié à lui par un rapport défini, comme une courbe à ses projections ; c’est enfin une petite perception, c’est-à-dire du subconscient et surtout de l’inconscient 4 Utilisé tout à l’heure pour expliquer la perception des qualités sensibles par concentration du successif réel dans un instantané apparent ÿ, l’inconscient psychologique reparaît maintenant pour assurer la pérennité de ce qui fut.

Pour mieux nous convaincre de la survivance du passé, à son inconscient psychologique Leibniz joint la notion des idées : objets de la pensée. — Si une idée n’était qu’une forme, un aspect, un mouvement de la pensée, elle passerait sans retour; mais les idées sont les objets internes de la pensée 6, comme les corps en sont les objets externes; et il n’est pas plus difficile de comprendre la survivance de ceux-là que de ceux-ci 7. — Refuser de mettre des idées en réserve dans une mémoire psychologique, exiger que l’image cesse d’être dès qu’elle n’est plus consciente, et vouloir que l’âme puisse refaire les impressions qu’elle a déjà eues, c’est recourir à une faculté ou qualité occulte 8, L'idée, objet interne, trace, expression, petite per-

1. Rorarius, IV, 551-552. — 9. Ibid. — 8. N. E., V, 48. — 4. N. E., V, 84. — 5. 1bid., 384. — 6. Ibid., 127-128. — 7. Matière et Mémoire, III, de l’Inconscient. — 8. N. E., 127-198, critique de cette idée chez Locke.

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