ETERNELLE ACTIVITÉ DES TRACES
mémoire de cet homme actuellement agissant répondent des états cérébraux d’étendue notable; mais le cerveau peut être détruit, le feu peut passer là, il restera de la personne physique un quelque chose dont la petitesse n'importe pas?l, où se trouvera de quoi assurer un jour, si la suite des choses le permet, la réminiscence de tout. Un animal ne meurt pas, il change de peau 2, Les animaux séminaux ne sont sans doute pas de petits hommes, ils n’ont rien d’extraordinaire #, et l’artifice de la nature est autrement subtil qu’un emboîtement %. Ils n’en contiennent pas moins les traces, les déterminants d’une infinité de souvenirs. Ils peuvent être détruits. Peu importe. Quelque part, fût-ce dans un fragment d’ atome, l’âme éternelle gardera son corps et le double de son passé 2%, Nulle âme ne déserte le corps %, et un jour pourra venir de métamorphoses qui feront de son infiniment petit corps 7 un animal spermatique et, par transcréation, par changement d’espèce, un être conscient, au moins muni d’hérédité psychologique, en attendant la métamorphose dernière qui lui rendra le souvenir exprès de toutes ses existences. Il n’y a pas d’oubli, et la mort est « congédiée » 28,
Telles sont les grandes lignes de la théorie leibnizienne de la mémoire, où métaphysique et sciences naturelles concourent à doter l’âme, — dans l'inconscient psychologique — du souvenir virtuel mais actif de tous nos états, et le corps — dans de très petits mouvements — des traces actives de tout le passé, expressions plutôt qu'imprimés, exigences d'existence, prétentions à la conscience, prêtes à s’actualiser si rien ne s’y oppose.
Quelle sera, quand ils s’actualiseront, la physionomie des souvenirs ? qu'est-ce qui les différenciera des perceptions qu'ils furent et des perceptions actuelles avec lesquelles ils coexistent ? Dans un monadisme où sensations et images sont également spontanées, dans une harmonie où tout état psychique a son objet, cette question est deux fois intéressante.
21. À Arnauld, II, 100. — 22. À la pr. Sophie, VII, 544. — 93. A Bourguet, IT, 564, note. — 24. N. E., V, 309. — 95. 1bid., 51. — 2%. Pr. de vie... VI, 546. — 97. Syst. nouv…., IV, 480. — 98. Ibid., 474.
b) La perception et l’image.
PAS DE DIFFÉRENCE SPÉCIFIQUE. — LES CRITÈRES : Vivide, Multiplez xtT Congruum. — L'AccCORD UNIVERSEL. — LE SUCCÈS. — LES CRITÈRES RATIONNELS. LEUR PRIMAUTÉ. — LA SENSATION. IDÉE CONFUSE.
I1 semble, dans un idéalisme à la Leibniz, qu'on ne sera pas obsédé par la distinction entre sensation et image. Tout est esprit, tous nos états sont internes et spontanés, ol ny a que des images. Il y a bien un monde extérieur, mais il est tout esprit comme notre âme. Nos états sont sans doute très divers, mais tous naissent et s’accomplissent en nous, ne viennent jamais du dehors et n’y vont jamais; tout, sensations, images, actes, est également rêvé. Or la distinction entre rêve et réalité n’importe que si la sensation est l’intuition immédiate de l’objet et le résultat de l’action de l’objet sur nous, si elle vient de l’objet et le rejoint ; l’image seule étant le fruit de notre activité propre et représentant un objet absent.
Pourtant, chez Leibniz comme ailleurs, les distinctions habituelles sont à faire. Nos perceptions sont des phénomènes bien fondés et pour spontanées qu’elles soient, elles répondent à des objets présents. Quand nous avons la sensation « rouge », il y a dehors quelque chose qu’on nomme, mal mais sans fausseté, « le rouge ». A la sensation s’oppose, quoi qu’on fasse, le souvenir, et il diffère d’elle, radicalement. Sans doute, aux images répondent aussi des choses extérieures, sans quoi, plus d'Harmonie; mais l'événement extérieur symétrique de l’image n’est plus celui qui doublait la sensation, et quel que soit l’objet extérieur inconnu qui équilibre mon souvenir du rouge, ce n’est plus celui que je regardais tout à l’heure et que j'appelle judicieusement « le rouge ». Expressions d’objets différents, la sensation et l’image sont différentes.
Nous savons enfin qu’il existe un peuple bariolé de rêves, illusions et hallucinations, et qu’il à les apparences et effets des sensations ; sans avoir, non plus que l’image, leurs correspondances extérieures.