‹ Études sur l'hallucinationChapitre 131 sur 366 · RÊVE ET VEILLE. SAGESSE DES SCEPTIQUES · texte numérisé non relu

RÊVE ET VEILLE. SAGESSE DES SCEPTIQUES

Dieu trompeur, ignorance de l’art de faire des sensations, sentiment de passivité, sentiment de présence d’un objet, sentiment de contact avec l’objet ne nous apportent que des idées claires, mal cartésien #, superstition, préjugé. Pour claires qu’elles soient, ces idées, nous l’avons vu, cèdent devant l'évidence que l'interaction est impossible et que nos perceptions ont la spontanéité des images,

Nous les en distinguons pourtant, mais avec des erreurs. L’imaginaire est souvent plus efficace que le « réel ». Le rêveur prend son rêve pour la réalité. Le Pauvre, endormi par le Calife, transporté et réveillé dans le paradis de Mahomet, endormi derechef et rendu à sa misère, prend pour un rêve la féerie perdue #.

Nul ne distinguerait rêve et veille s'ils s’accordaient. Il n’y à entre sensation et image qu'une différence de plus ou de moins et on apprend à l'Ecole que plus aut minus non mutat speciem, et Leibniz n’insiste pas sur une notion banale, popularisée par Malebranche. Le scepticisme est très sincère sur ce point et les sceptiques avaient là une forte position. Ils n’ont « gâté leur cause » qu’en étendant le doute à l'expérience immédiate et aux vérités géométriques %. Folie dans la pratique, ce doute triomphe en métaphysique, c’est-à-dire dans le solide et l'important.

Si, internes et spontanées comme nos images, nos sensations en diffèrent pourtant, si la sensation, towjours, plus ou moins, avec des nuances, a le privilège scolastique d’être cognoscitiva rerum praesentium, comment, enfermés en nous-mêmes, nous en apercevons-nous ?

Il y a deux certitudes immédiates : J’existe, et il existe en moi des phénomènes, des apparences d’objets, d’un centaure, d’une montagne d’or. Après cela, savoir si mes phénomènes sont, les uns « réels », les autres « imaginaires », les uns sensations, les autres souvenirs, rêves, illusions, c’est une question qui se discute, et pour arriver à affirmer qu'un phénomène est réel, qu’un état est une sensation, et que la sensation, hors de son rapport idéal

34. À Jaquelot, III, 452-454. — 35. A Foucher. — 38. N. E., V, 352-356.

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