L'HALLUCINATION, ERREUR DE JUGEMENT
sera plutôt la perception des traces laissées dans le corps par l’action de l’objet; il sera tel autre signe de l’objet qu’on découvrira ; il ne pourra pas être l’image de cet objet ou de sa sensation. Pour qu’il le fût, il faudrait que l’objet laissât de lui-même autant de doubles, de calques, d'espèces, d'images réelles, colorées, figurées, sonores, que nos souvenirs nous en donnent de prétendues images virtuelles. Dans l’harmonie universelle, nous ne pouvons être conscients que de la trace laissée par l’action de l’objet; et si cette trace l’exprime et le signifie, elle en est infiniment dissemblable et n’en est pas l’image. Se rappeler du rouge n’est pas, si peu que ce soit, avoir sous les yeux ce rouge ou son image réelle; c’est percevoir un signe de ce rouge, même si l’on fait sa place, infiniment petite, à la petite perception de ce rouge, tel qu’il est devenu ; même si l’on veut que la trace nerveuse du rouge aboli soit elle-même du rouge. Le souvenir normal serait ainsi autre chose qu’une image : se souvenir n’est pas imaginer ?, En se rappelant un son, on n'en aurait pas l’image, bien qu'on tende violemment à l’avoir. On n’imaginerait pas plus un objet qu’on ne voit la distance,
Image ou simple signe de l’objet, le souvenir fait quelquefois un tout autre personnage ; 1l mime la sensation ; il semble être l'intuition sensible de l’objet, l’objet luimême, présent et touché, tout lointain et passé qu’il est. C’est le rêve, l’hallucination.
Leibniz peut-il les sauver ? Quels objets, quelles sensations « réelles » allons-nous trouver au dehors et dans le corps pour légitimer ces 2maginaria ? Ces objets sont ici indispensables : on a bien soutenu que pendant le rêve, le corps reste en « léthargie », même si l’âme le croit en mouvement; mais ce « ne saurait être à cause de l’immanquable correspondance »*; l’harmonie exige, dans le corps et hors du corps, des concomitants convenables pour équilibrer le rêve et la vision.
Nous chercherions en vain ces équivalents extérieurs et cérébraux de l’hallucination, Quand, la nuit et au lit, nous rêvons de soleil et de lévitation, les sensations et mouve-
3. Matière et Mémoire. — 4. Eclaircissement du syst. nouv., IV, 495.