‹ Études sur l'hallucinationChapitre 140 sur 366 · PAS DE PERCEPTION SANS OBJET · texte numérisé non relu

PAS DE PERCEPTION SANS OBJET

ments qui accompagnent le rêve en sont lourdement différents. Quant aux traces, si expressives de l’objet qu’on les suppose, elles n’en peuvent justifier que le souvenir, non la sensation. Comment se fait-il done qu’à la place des réalités actuellement accessibles à sa conscience, le rêveur mette un double de l’objet absent, son autre lui-même, lui-même, croit le délirant ?

L’hallucination leibnizienne survient en l’absence de l’objet ou de son équivalent neurologique acceptable. Ses seuls prétextes sont des sensations aussi peu parentes de l’objet rêvé qu’on le voudra et les traces de l’objet qui légitiment seul son souvenir normal. Bref, dans les rêves et les visions, les sens et la mémoire ne nous trompent pas, et nos souvenirs sont exacts; mais nous allons trop vite’; ce sont nos jugements qui nous trompent 5, nous inférons plus que les apparences ne portent’. Sauf miracle, il n’y a pas de perception sans son objet, il n’y a que de faux jugements, l’halluciné se borne à mal interpréter les objets, traces, sensations et souvenirs actuels. Nous sommes loin de la théorie cartésienne.

Chez Descartes, l’hallucination n’a pas son objet externe, mais elle a son objet neurologique, répétition du tableau organique de la sensation. Pour un cartésien, l’hallucination visuelle se construit d’abord dans le cerveau, l’histoire nerveuse de la sensation se répète et la vision est la traduction correcte de l’événement cérébral.

Pour un leibnizien au contraire, non seulement les sensations du rêveur diffèrent de son rêve, mais l’état cérébral qui le double, loin d’être la reproduction de celui qui a jadis accompagné la sensation, n’est que l’équivalent du souvenir normal. L’hallucination leibnizienne est une erreur de jugement à l’occasion d’une sensation quelconque et du souvenir d’un objet; et si elle a — il le faut — un envers neurologique, il est un état nerveux nouveau, original, et non la reconstitution de l’état cérébral lié à la sensation passée, résurrection inadmissible en l’absence de l’objet,

Il y a bien une théorie objective du rêve et des hallucinations, très utilisée par la métapsychique; mais si Leibniz

Page 1