L'HALLUCINATION ATTITUDE MENTALE
sais pas », « je ne sais quoi », « rien » 8, « une attitude mentale ». Presque toujours le sujet, se détournant de soi et de son intraduisible état de conscience, s’accrochera au dehors et répondra : « l’image auditive, l’image motrice des deux mots, leur demi-prononciation.. l’image visuelle du navire... le navire... une sensation de roulis... ».
Si l’on à pu nier les images des mots et des objets en faveur d’indicibles états spirituels; et si au contraire les hommes, tournés vers le dehors, sont convaincus que la pensée d’un objet n’en est pas un signe mais une image; si pour dire : j'ai l’image visuelle d’une rose et l’impérieuse image motrice d’un mot, il nous suffit d’ineffables signes spirituels; ces signes lointains, si puissamment suggestifs d’attitudes mentales et de mouvements, ne suffiront-ils pas à beaucoup pour s’écrier quelquefois, à l’occasion de n’importe quelle sensation faible et du souvenir du petit navire : je le vois 1 ?
S'il nous arrive de dire : « Je vois un fantôme », que s'est-il passé ? Ou bien nos sensations légitiment ce propos, et un fantôme est là, ou l’équivalent.
Ou bien, sans que l’objet soit devant nous, sans que les sensations voulues soient en nous, la pensée du fantôme, le signe psychique minimum d’un fantôme, ni sensation ni même image, suffit à notre âme « architectonique » pour nous entraîner à l'attitude mentale et aux propos de qui voit vraiment un fantôme vrai; et telle semble bien être la conception la plus franchement leibnizienne de l’hallucination.
Ou bien enfin, hors de la présence de l’objet, en coïncidence avec des sensations quelconques, nos souvenirs se sont transformés en la sensation plus ou moins complète du fantôme, Je ne crois pas que cela puisse être leibnizien, l'harmonie entre le dehors et le dedans ne permettant pas que la perception de l’objet, si spontanée soit-elle, survienne en son absence.
Il ne manque cependant pas de textes qui favorisent cette théorie : la perception est un rêve; notre pensée
18. Réponse non rarissime. — 19. Sur les images présentées comme voix extérieures par les malades, V. in Etudes sur les hallucinations, II, la Clinique, le ch. sur l’Impulsion verbale.