FAUSSE PERCEPTION OU FAUX JUGEMENT
et l’objet, l’oblige à chercher, entre la sensation révélatrice du présent, et l’image émergence du passé, une différence intrinsèque spécifique.
Ces deux tendances engendrent un compromis, La distinction cherchée va être fondée sur les différences de degré de la sensation et de l’image, et sur la nécessité, pour les unes et les autres, de se répartir entre deux systèmes, où elles trouveront leurs liaisons satisfaisantes, leurs engrènements convenables, et leurs succès pratiques.
A la question enfin de l’existence d’un monde de rêves et de visions trompeuses, nous trouvons une réponse en quelque sorte officielle : l’hallucination est le fruit d’une erreur de Jugement, c’est une interprétation. Nos perceptions sont toujours véritables; ce sont nos jugements qui sont de nous et qui nous trompent *#. Mais cette doctrine se désolidarise mal d’une autre, ou plutôt, s’y mêle intimement : l’idée, le souvenir, sont des possibilités de sensations, des sensations virtuelles, des sensations naissantes; et l’hallucination est une seusation, sans son objet mais parfaite, l'épanouissement d’un souvenir, refréné d'ordinaire et soudain libéré.
Cette complexité est un peu due à ce fait que la sensation leibnizienne est toute pénétrée d'intelligence. C’est une idée confuse, une condensation confuse d’idées distinctes. Pour tous les cartésiens, une perception, celle de la profondeur par exemple, si originale, si efficace, est un raisonnement, un enthymème, une triangulation, une géométrie naturelle condensée en sensations. Chez Leibniz comme avant lui, dans la perception du transparent artificiel, d’un son, d’une harmonie, de la chaleur, de la couleur peut-être, l’âme dénombre très exactement des successions, fait ses comptes, sans le savoir, se livre à une arithmétique occulte # dont ses sensations sont la conclusion.
Tout est-il bien ainsi ? Est-1l bon que le souvenir reste très loin ou infiniment loin de la sensation et que la perception sans objet soit rare, même lorsqu'elle ne nous trompe pas ? Devons-nous viser à des souvenirs de plus en