XVIII INTRODUCTION
pour cela sa vivacité. Savoir qu'on voit une Image virtuelle n'en réduit pas l'intensité. — Pour qu'une vision soit réduite, il faut une affection, une perception contraire et plus forte.
L'image est donc une hallucination et le jeu des perceptions, hallucinations et images est une question de nombre et de force, de quantité.
Tout n’est pas très purement Spinoziste là-dedans. Pour identifier l'image de l'objet absent à la perception de l'objet présent, il faut oublier le parallélisme, ou le rétrécir à la mesure de l'individu, chez qui l'image cérébrale sera identique à la perception cérébrale et n'en sera que la persistance.
Telle qu’elle est, de quoi sert à Spinoza cette doctrine de l’image ? Il l'utilise partout, beaucoup et expressément.
Ce que la raison a de particulier, c’est bien plus son mécanisme que son matériel : des images présentes dans tous les objets, des images non réductibles par quelque chose de contraire et de plus fort, des notions communes. Raisonner, c'est bien mettre entre les images un ordre différent de celui de l'imagination, celui de l’entendement; c'est surtout imaginer les notions communes. Quant à l'acte intellectuel suprême : l’inluilion, il ne porte et ue peut porter que sur des concrets, des choses particulières, des individus, des images.
Les passions sont des images. Contrairement à ce qu’on loue à tort Spinoza d’avoir dit, ce qu'on aime, en langage spinoziste, c'est ce qu'on juge bon; l'idée prime et précède, el les conflits affectifs sont des conflits d'images. Etudier l'amour, ce n’est pas s’attarder à l’objet, à notre corps, à notre tristesse, c'est considérer l’image de l’objet aimé. Aimer, c'est s'efforcer d'imaginer, c'est-à-dire de percevoir ce qui fait notre joie, c'est vouloir maintenir cette