‹ Études sur l'hallucinationChapitre 173 sur 366 · MATÉRIALITÉ DES QUALITÉS SENSIBLES · texte numérisé non relu

MATÉRIALITÉ DES QUALITÉS SENSIBLES

non divisée. L’abstraction qui fonde l’espace homogène et y découpe des corps est un résultat des besoins de notre action, la contemplation pure tendant au contraire à rendre à l’étendue l’irréductible hétérogénéité et l’indivision de la perception spontanée %#, C’est une abstraction mal fondée qui nous fait parquer les qualités sensibles dans la perception et le sujet, l’objet se volatilisant en minimas identiques et en mouvements homogènes. Il faut rendre à la matière les qualités que les métaphysiques les plus diverses s’accordent à lui arracher #.

Il n’y a pas de différence essentielle entre ce rouge présent à ma conscience et les mouvements en lesquels le décompose la science, à condition qu’on rende au mouvement l’indivisibilité et l’hétérogénéité de la sensation et qu’on comprenne à quoi se réduisent les modifications que notre conscience impose aux mouvements qu’elle saisit %.

Percevoir, disait Leibniz, c’est contracter une multitude dans une unité, c’est, nous disent nos perceptions de la lumière, de la chaleur et des sons, saisir dans une intuition unique des moments multiples de la durée, immobiliser #7. On dit que, non contents d’unifier le multiple, nous faisons, d’une multitude homogène, des unités hétérogènes; partis du pur quantitatif, nous créerions les quantités. Non. Rendons à elle-même la foule des vibrations que nous venons d’unifier en un éclair rouge; nous verrons cet instant coloré s’étaler en un grand nombre de moments, et, en même temps, la qualité rouge pâlir. Elle ne disparaîtra pas : la matière, tombant de l’éclair rouge aux vibrations éthérées, tend vers le mouvement homogène, mais ne l’atteint jamais #8. La qualité sensible se répartit en petits mouvements et se dilue sans s’évanouir, sans rendre notre perception pittoresque inconcevable %.

Ces vibrations ne sont du reste pas les courbes, les déplacements de points et les changements de position devant des axes qu’imagine, pour les besoins de sa pratique, le mathématicien. Ses symboles sont à ce point incapables d'exprimer la mobilité qu’il ne peut distinguer le mouvement d’une série d’immobilités, dire, de deux corps dont l’un se meut par rapport à l’autre, quel est celui qui se meut, nous délivrer des sophismes de Zénon. Ici encore, il faut prendre notre parti d’un fait difficile mais immédiat : le mouvement est ineffable pour la science, ce n’est pas un accident d’un mobile et un simple changement de position, c’est quelque chose d’absolu. Taine a bien fait de parler du mouvement pur #, mais il a eu tort de prendre les changements pour des mouvements et n’a pas vu que le mouvement est changement d’état ou de qualité #. Loin de

34. 234, 946, 258-259. — 35. 67. — 36. 30 .— 37. 225-232. Même si nos sens répondent à une vibration isolée par la perception pittoresque habituelle. — 38. 64. — 39. 200-201, 232. — 40. Intelligence, I, 8, 349: IL, 113... — 41. 217.

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