‹ Études sur l'hallucinationChapitre 175 sur 366 · LA PERCEPTION : PARTIE DE L'OBJET · texte numérisé non relu

LA PERCEPTION : PARTIE DE L'OBJET

thèse de son passé avec son présent pour en tirer du nouveau. — La mémoire est plus ou moins forte, la perception impose au perçu une plus ou moins grande concentration, une plus ou moins grande tension de durée, la nouveauté apportée par l’être au présent est plus ou moins visible, et il y a une infinité de degrés entre la liberté de la matière, négligeable pour nous, et un esprit dont la liberté s’impose. Cette liberté est toujours à son minimum dans la perception et c’est par elle que l'esprit et la matière entrent en contact, la liberté que sa condensation donne à la perception s'appuyant sur l’infinitésimale indétermination de l’objet perçu;

et nous n'avons si longtemps insisté sur cette liberté de la perception et du perçu que pour arriver à la remarque suivante et à sa conclusion : l’impossibilité de l’hallucination.

La perception, c’est l’objet, et ma perception de la table est dans la table. Maïs la perception n’est qu’une partie de l’objet et ici apparaît une nouvelle impossibilité de l’hallucination. — Comment se fait-il que la matière, le perçu, déborde infiniment ma perception ? Que faut-il pour qu’un objet entre dans ma perception ?

Il ne faut pas croire, dit Bergson, que mon système nerveux et mon esprit apportent ici une puissance créatrice qui ajouterait la perception au perçu et permettrait à la rigueur à la perception de se passer du perçu. Il n’y a pas plus dans la perception que dans l’objet, il y a moins; et pour que l’objet entre dans la perception, il faut qu’il abandonne quelque chose de lui-même. — Personne ne peut éviter de poser d’abord le tout de l’univers comme perception totale. Ce qu’il faut expliquer, c’est la limitation de ma perception. Le point lumineux est une image visuelle; pourquoi entre-t-elle dans ma perception ou en est-elle exclue # ?

La matière est une sorte de conscience, et la conscience de tout point matériel s'étend à tout puisqu'il recueille et transmet l’action de tous les points de l’univers. Mais c’est une conscience virtuelle, latente, « où tout se neutralise, dont toutes les parties éventuelles, s’équilibrant les unes les autres par des réactions toujours égales aux actions, s’empêchent réciproquement de faire saillie » 4, une conscience dont toutes les parties, « indifférentes entre elles en raison du mécanisme radical qui les lie, réagissent par tous leurs éléments, sans qu'aucun soit perçu ou perçoive consciemment » 50,

Dans tous les points de la matière, l’action et la réaction

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