‹ Études sur l'hallucinationChapitre 176 sur 366 · PAS DE PERCEPTION SANS SON OBJET · texte numérisé non relu

PAS DE PERCEPTION SANS SON OBJET

passent instantanément, sans résistance et sans déperdition, et la conscience, inutile, ne s’éveille pas.

Elle apparaît quand se forment dans l’univers des centres d’indétermination, et elle se limite à leur part d’indétermination. Les systèmes nerveux viennent offrir à l’action extérieure une pluralité de réactions possibles, et quand l’une s'organise, c’est en vertu d’un choix intelligent, et non d’une transmission mécanique et nécessaire ?L. Mais la structure nerveuse ne fait que symboliser l’indétermination du vouloir. Comme la conscience, elle en assure l'efficacité, elle en est fonction %. Dès qu’une action de l’univers rencontre un centre d’indétermination, une liberté, un système nerveux, cette action est perçue : le réel détache en quelque sorte de lui-même pour la perception la partie intéressant la liberté de nos réactions; il nous montre le parti que nous pouvons tirer de lui %, et nous en extrayons ce qui intéresse nos fonctions et nos besoins d'êtres libres 54. Tout ce qui passe, tout ce qui est pratiquement fatal et mécanique, ne perçoit ni n’est perçu ; la perception se limite à ce qui se heurte à ma liberté,

et un lien aussi serré que les autres se noue ainsi entre la perception et l’objet, interdisant plus que jamais l’hallucination.

Portion de l’objet, la perception est pourtant solidaire du cerveau #. En nous précisant son rôle, celui-ci nous dira qu’il ne fait pas la perception et qu’il se contente de lui donner une raison d’être.

La raison d’être de la perception, en effet, c’est l’action de l’esprit sur la matière, et cette perception a lieu quand l'esprit

51. 4, 17, 29, 31, 81, 251. — 59 929. — 53. 5, 6. — 54. 2%. — 55. On connaît la critique générale que fait Bergson de la théorie cérébrale de la perception, que cette théorie soit idéaliste ou dualiste.

Dans l'idéalisme l'univers et le cerveau sont des images, et l’imagecerveau est une infime partie de l’image-univers. Il est donc absurde de supposer que les cellules cérébrales, ces images, ces perceptions, puissent contenir les autres images, le reste de l’univers. On ne peut pas intervertir ici contenant et contenu, comme le voudrait la théorie cérébrale de la perception. Dans le réalisme, la représentation est distincte du perçu, qui n’est dès lors ni couleur, ni son, ni pesanteur, ni forme, ni espace. L'essentiel du réel est une solidarité absolue de tout avec tout; n'importe quoi implique tout, le découpage du cerveau y est une contradiction, le réel est implication, la perception est fille de l’état cérébral, l’objet, le reste de l'univers, formant un bloc indivisible. et le cerveau, quand on veut l’isoler pour en faire l’auteur de la représentation, s’évanouit. Le réaliste est d’ailleurs incapable de maintenir cette position. Au laboratoire

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