‹ Études sur l'hallucinationChapitre 181 sur 366 · L'ERREUR CAPITALE · texte numérisé non relu

L'ERREUR CAPITALE

Le souvenir est une perception dont le sujet doit abstraire l’extériorité et l'étendue pour ne garder qu’un état inétendu et interne. La perception, œuvre de notre cerveau, est un état d’abord interne et inétendu qu’il nous faut extérioriser, localiser et étendre. On sait que ces complications sont celles de la théorie de Taine, et Bergson n’a aucune difficulté à montrer l’inexistence de telles opérations de conscience et l’extrême improbabilité de tels mécanismes inconscients. Il n’insiste pourtant pas, et pour cause, nous le verrons, sur les motifs de sa négation absolue de la projection au dehors d’une perception d’abord intra ou ultra-cérébrale. Contre cette théorie projective, 1l se borne à affirmer l’extériorité immédiate de la perception et l’inexistence, pour l’introspection et la métaphysique, du processus postulé par Taine. Il est plus explicite sur l’irréalité de l’opération inverse : la perte de l’étendue par la perception et sa métamorphose en image par une sorte de retour de son extension à un état embryonnaire. Il y insiste au début du chapitre IV, quand il introduit le souvenir pur : Si le souvenir est une perception faible et si le souvenir d’une douleur vive est une petite douleur, inversement une douleur intense que j'éprouve finira, en diminuant, par être une grande douleur remémorée. Or, il arrive bien que je doute si tel état est une perception faible que j'éprouve ou une perception faible que j’imagine, mais Jamais un état faible ne m’apparaît comme le souvenir d’un état fort. Dans sa conclusion, en VII, retrouvant la théorie du souvenir, perception faible, il revient et se borne contre elle à ce seul argument : la perception d’un son léger n’est jamais prise pour le souvenir d’un bruit intense. Il rappelle cette inconscience d’un prétendu rejet dans le passé de perceptions faibles dont on aurait constaté la faiblesse ; il se demande enfin pourquoi, si les souvenirs sont des sensations faibles, nous ne nous contentons pas de les sentir comme telles et (au lieu d’en faire du passé) de juxtaposer deux séries de phénomènes présents : les forts et les faibles. « Ce serait très simple ».

C’en est donc fait : d’un côté, le présent, avec les objets, les perceptions et les réactions; de l’autre, le passé avec la pure spiritualité de ses souvenirs. Et pourtant, nous

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