L'HALLUCINATION BERGSONIENNE A UN OBJET
Il y a cependant une différence entre la perception sans objet de Taine et l’hallucination bergsonienne. La perception et le souvenir de Taine, son hallucination vraie ou fausse, n’ont pas besoin d’objet. Au contraire, le souvenir bergsonien ne reparaît à la conscience, l’image ne s’éclaire, le rêve n’envahit le sommeil, l’hallucination ne nous capte que si un objet extérieur réel est en même temps perçu. I’hallucination existe puisque l’image est une sensation, mais elle n’est pas une sensation sans objet. Le système nerveux, des surfaces réceptrices aux plans suprêmes de l’écorce, est moteur; nul centre n’a d’autre fonction et, dans les centres « perceptifs », sous l’action motrice de l’objet ou des centres « imaginatifs », s'organisent les schèmes de la réaction naissante. Or perception et souvenir n’ont lieu que si le cerveau joue son rôle entier capter des mouvements au dehors et les rendre au dehors dans une réaction originale. Dès lors, des souvenirs ne s’éveilleront que si l’écorce reçoit les mouvements extérieurs recueillis par une surface sensorielle; un souvenir ne peut s’actualiser que si la surface travaille, l’éveil du souvenir veut une perception actuelle. Qu'il s'agisse de l’activité normale de la mémoire, du rêve ou de l’hallucination pathologique, l’occasion du souvenir est la perception ; elle est l’indispensable matière, il est la forme ‘; par lui, un regard nous fait identifier l’objet le plus complexe, mais pour qu'il naisse et se matérialise, il faut qu'une matière lui soit fournie : c’est l’objet.
Si les mécanismes neurologiques sont bien ajustés, si nous opposons à l’action de l’objet les réactions convenables, si nous sommes « attentifs à la vie », seuls reviendront à la lumière les souvenirs utiles, et la perception sera correcte; si, au contraire, mécanismes neurologiques et tension spirituelle sont perturbés ou relâchés, si l’action est « vague » % et diffuse, mal ou non coordonnée, quand il se produit un fléchissement de notre « sens du réel », une chute de « tension » de notre activité mentale, quand les souvenirs, au lieu de se soumettre au choix d’une action attentive au réel, se précipitent en foule à travers les mille